Dis Margot

est-ce que tu écris encore?


Oui. Là maintenant, tout de suite. Je t'écris. Je m'écris, je vous écris. Une écriture indissociable du rêve, de la chaleur, de la mer. Inséparable de vos souvenirs. Nos. Souvenirs. Des moments que j'enveloppe de romantisme et d'idylle après coup. J'idéalise une réalité qui n'a sans doute pas existé. Souvent je retourne voir leurs profils, épier leur vies. Ils ne se souviennent sans doute pas de moi mais pour moi, il y'a dix ans, c'est comme hier. Si j'y retournais là, maintenant, ce serait pareil. Comme si c'était hier, les odeurs, les couleurs, les mots, leur peau. I can't believe I can do this. Plunge into memories like it's present reality. So vivid. So clear. So real. To me. To them only a distant memory, perhaps not even there. 

Je me ballade dans ma ville et je sens bien qu'après sept ans dans ce pays, elle commence à perdre de son exotisme et sa nouveauté à mes yeux. Elle reste si belle pourtant. Tout ce qui y manque c'est les gens. Mes gens. Vous. Qui ne vous souvenez pas de moi. On pourrait aller danser, manger, boire, s'aimer. I can't believe this was my life. Embrasser 5 personnes différentes dans la même soirée. Maintenant tout est fermé, on porte des masques et je ne peux plus regarder des inconnus s'étreindre sans que l'angoisse ne monte.

C'est pas tant que ce passé idéalisé me manque. C'est son inaccessibilité qui le rend si attrayant. L'idée que c'est finis, c'est terminé. It happened and it won't happen again. 30 ans cette année mais pour moi le collège ou le lycée j'ai l'impression qu'on y est encore. Je veux pas avoir l'air pathétique ou creepy mais c'est comme si ces réalités continuaient d'exister en parallèle de ma vie et mon age actuel. Comme si du bout des doigts je pouvais toucher un monde parallèle où Héloise et moi on rit encore dans les champs.  Au travers de fenêtres dans le style d' "à la croisée des mondes". 


Les émotions comme si on allait en exploser. S'épandre sur tout et tout le monde. Tout ce qui manque dans ma vie vraiment c'est des ami.e.s. Les potes, les vrai.e.s. La communauté. La vie ici c'est comme mon idée du paradis. Mais sans ceux et celles qui peignent la vie en couleur. On ne peut pas tout avoir ?

C'est marrant parce que pendant si longtemps c'était tout ce qui m'importait, les gens. Et je croyais dur comme fer que quoi qu'il arriverait, on seraient toujours ensembles. Inséparables. Que la vie ne ferait que nous rapprocher, nous lier. Mais la vérité c'est qu'en amitié comme en amour il faut être présent et y mettre du sien. S'investir. Faire des efforts. Ca ne marche juste vraiment pas bien si on ne se voit jamais. Ca me rend triste d'y penser et c'est pour ça que je n'écris pas. 

Je range ma vie comme Marie Kondo plie les vêtements et c'est chouette. Après m'être fait tant de mal de tant de façons, ça fait du bien d'être on the right path. If there is such a thing. To take care of myself. To sleep and eat and move my body and learn. To help people in a job which I love. Mais la vérité c'est aussi que ça enlève beaucoup de saveur. Vivre au milieu, in the grey zone, c'est mieux sur le long terme pour moi, ça me repose, je peux enfin survivre et vivre. Mais les couleurs c'est dans les extrêmes. Et je me mentirais si je n'acceptais pas que ça me manque. Dans ces brulures, ces alcools, ces couleurs fauves. C'est là que je puise des idées, des mots à filer, des sensations et émotions qui me donne envie de crier et m'abreuve d'une rage magnifique, celle qui me fait écrire. Cracher. 

Une certaine colère aussi d'avoir perdu quelques années dans l'ombre d'un destructeur. Des années que j'aurais encore pu passer à boire, rire, chanter, lier. Mais les regrets c'est vraiment has been non?

What do I know? La vérité c'est que j'écris ce texte en écoutant encore un autre destructeur, tu sais lequel. C'est pas très déconstruit et woke de ma part, I know, I know. 

Auray, Lorient, ça n'a pas changé. Mais tous nos bars ont changé de patrons, de noms, de look. Et chez toi ? C'est comment ?

Tu sais quoi, je donnerais cher pour retrouver tous nos blogs et textes, mais je crois qu'ils ont presque tous été engloutis dans les méandres des internets.

I wish I had some hope to give you. Not that you need it. Mais j'veux dire, things to look forward to together. Mais le monde part en flammes comme on s'y attendait et au final je sais pas si on étaient prêtes.

I'll be back. J'espère. J'y crois. 


I miss art.
I could hate that she has given up but mostly I feel sad. It's so engrained in them all. That women are weak and boring and less. But we're not. And we're not more than men. We're just different, and some men and some women fare better. If we actually had similar opportunities it would be obvious. It's not about denying what makes us different. It's about embracing those differences and those imbalances and the fact that things aren't, exactly, black and white. And many of us aren't just men or women. And therefor they illustrate how those differences don't matter but how interesting they are.
I can get so, so, so angry. I can get too mad. I can yell so yell or cry or shut up. But it's not about that. The emotion and the pain are too real and they should be acknowledged. But it's not about that. Sometimes it's about dancing and making it work. Some times it's about compromising. And some times yes, it's about yelling and fighting and not letting go. It's about all of that. I don't have anything against those girls who dance. I have issues about the fact that so little men dance.
Most of the times it's so painful you just have to ignore it. You know it deep down. It's so clear. They know it too. It's the worst. When we all know what the power struggle is. And we accept it. I hate it, how we can dance and laugh and eat and ask each others opinions and advice. But eventually we reach that point where we accept the power structure. Fuck off. It doesn't have to be this way. You don't need to take me down and I don't need to accept to be down. We can work together. Our genders don't define where we stand on the ladder.
Il a neigé. Il fait froid. J'ai envie de hurler sans arrêt. Je pleure pendant l'amour de manière ce qu'ils ne s'en rendent pas compte. J'ai envie de hurler. Je ferme les points. Tous est rouge, rouge sang. She doesn't let anyone in and I let everyone in. It's like. Each side of the same coin. The coin where you don't trust anyone because you'd like to trust everyone. And there is no in between.
The pain. The stinging pain. The cold. It pierces through. And that's how they keep so quiet. And that's how they push through and pursue. And that's how they are stronger and better and. But that's also how much they loose and forget and forgive but don't. How they don't let go ever. How they won't let you in. How they won't let themselves out.
You can press on my muscles for so long and look right through my eyes and I won't say anything. It's controlled pain. I know it will stop eventually and I know what are the boundaries. I can keep my face straight regardless of the pain. It's a slow, long pressure.
I don't ever get any closure. J'ouvre des veines et je les laisse aller. Elles sont parties, données. Je sucrerais ton sang pour compenser.
J'ouvre des pores et j'inspire et expire et respire et exprime. Ils ont peur, ils sont surpris. Mais ils font et tu peux voir, sur leur pores et leur peau et leurs souffles. S'ils bloquent ou s'ouvrent, acceptent ou blessent. Will you break them. Will you grow on them. Will you infiltrate them.
Which breath. It's all about the air.
Je marche vers le bar, la tête haute sur mes talons aiguilles. Je croise le regard de ce gars à qui j'avais demandé de danser en Novembre. J'ai un peu honte, la mémoire du rejet brûle toujours un peu. Mais je me rappel qu'au moins j'ai osé, j'ai demandé.
Next thing I know, il est là à me complimenter et me rappeler qu'il m'avait dit non. Il y avait une fille. Et maintenant, si on dansait maintenant, maintenant qu'il n'y a pas de fille.
Alors on y va. Il m'agrippe par la taille et me plaque contre lui. C'est un bon danseur et je vois les autres qui nous regardent. J'ai peur un instant et je me souviens. Que rien n'a de sens. Je sens les muscles sous son t-shirt et il me sourit. So I let go. Because I don't care who will remember this. Who will talk about it. Dirty dancing 2017. My french is broken. And so we kiss, il a la langue percée. Je ne me souviens pas si j'ai déjà embrassé quelqu'un avec un piercing à la langue.
Hot sex at his place, I first have this weird feeling that we don't click, something is off, but again I let go and everything we do feels great, it feels honest and tastes good.
I know what they all think and say. Why they know my name and I don't know theirs. Why they all know to talk English to me and not Finnish, even though we've never met before. It's not pretty, and sometimes it bothers me, like an itch. Like a target at the back of my neck. So whenever it takes over, I breath and remember, I can't be tied up by expectations, social constructs, peer pressure. Be brave, not perfect. You could die any time, you will die anyway. There will be nothing left and no one will care. So chin up and stare back.
C'est pas du tout l'histoire que j'avais en tête mais. C'est une de mes mille façon d'éviter le vrai sujet que j'ai à l'esprit sans arrêt.
If I tell it to people, if I write about it, it becomes real. It's the last thing I think about before falling asleep and the first thing on my mind when I wake up. I don't want it to be. I want it to go away. I tried to ignore it and push it away. It's driving me crazy. Let's simply not talk about it.
Mist sä tuut

Identities. Fake and borrowed and masks of others and. Work clothes, uniforms, school clothes, dress up, suit up, indoors, outdoors, public, intimate, naked and swimming.
Colors and countries and boundaries. Languages and idioms. Jokes and mean comments. So many ways to make each others laugh and hurt. Include, exclude. Disagreements like funny dances.
Et dans ma langue. Dans mon language. Dans ma culture. Dans mon pays. Dans mon accent. Mes inflexions. Mes métaphores et imageries. Dans la manière de tourner les phrases, de créer le lien, de lier les mots. "Mon écriture à moi, c'est la liaison entre les phrases des autres."
Attacher des idées ensembles et des rimes et des sons et des images et.
La langue des sorcières et de la magie.

Tous les jours, je me demande si je tomberais de nouveau amoureuse. C'était quoi déjà aimer. C'est quoi. Ce vieux truc sur Roméo qui aime l'amour et non pas Juliette. Ce sera différent de toutes les fois avant.
Un vieux truc de Romain Duris qui se demande c'est quoi l'bordel avec l'amour pour Cédric Klapisch.
Un vieux truc de moi qui tue les autres filles du regard dans le bar parce que.
Un vieux truc de scruter la pièce pour des proies potentielles.
Un vieux truc de sueur et de musique. D'alcool et de cigarettes. De regards perdus qui se cherchent. Et avant j'y mettais de l'intention, de l'espoir, des ancres et des lignes et des hameçons et des filets. Maintenant je nage un papillon efficace. J'essai de remplir les lettres de l'alphabet. J'essai de gagner le bingo. La barre de mes sentiments est haute, tellement haute, beaucoup trop haute. Il faut de la technique pour la passer rien qu'à la nage.
Avant, il suffisait d'avoir l'air noyé.
Quand je serais finie, quand je serais prête. Jamais. A chaque levée de rideaux, derrière chaque porte qui grince, après chaque tempête. La seule ligne d'arrivée c'est la mort. Quand je serais capable de ne plus jeter de bouée de sauvetage sur qui que ce soit. Quand je serais indépendante et. Quand et quand.
Des robes blanches et des bagues de fiançailles et des dispute de chaire et. Passionnée, intense, énervée, et.
The rhythm isn't there but I gotta start back somewhere. Quand on ne s'exerce pas les mains perdent la mémoire. Quand on ne lit plus les sons ne viennent pas. I'm just too old to hang onto regrets about bad writing. I'll put it out there and who cares?
Who I am changes every day, and so does who I love. And so who knows what the next lover and loving will look like.


I'm so French. So Latin. So Southern. So they say. They are afraid. They admit sometimes, between two fucks or two drinks. Scared of my fists, my looks, my words. They want it too. How direct, straight forward, asking for it. Ils ne peuvent pas s'empêcher de regarder. Ils ne peuvent pas s'arrêter d'en parler. Il font de leur mieux pour se moquer, pour dégrader, garder la distance. Mais chaque fois ils ne peuvent en croire leurs yeux. Incrédules, ébahis, la queue entre les jambes, littéralement. Ils frissonnent, se mordent les lèvres, il jurent dans leur langue dur, si dure, me sers plus fort, un peu plus fort. BOIS LE SANG DE TON ENNEMI. They want in. They try and put conditions to it, they play like teenagers, a boring game that doesn't even have the thrill of the chase. But in the end, it's always, having their hand tight on my hair, and my thighs wrapped around them. Sometimes they get lost. A s'imaginer que je leur passerais une bague au doigt, un truc lourd et pour toujours. S'ils savaient. Comme je m'en fous. Que je ne suis mariée qu'à mes femmes de terre, de feu, des bois, de neige. H, Eolhc, C, Soshana. Les doigts dans la bouche. On danse atour du feu instinctivement, pas en rythme, en grognant. Nos cheveux sont fous et nos vêtements sont sales. Dans ma tête, dans ma tête, dans ma tête. Moi j'étais la fille de la mer ou plutôt celle de l'air. Magiciennes, parisiennes. Nos chats et moutons noirs, comme des naufragées, toujours à la dérive sur notre arche paumée.
Et dans tous ces récits de chaire et ces histoires du bout des lèvres, vraiment, vraiment, l'ivresse et enivrées, et riant à gorge déployée, profonde. Et vraiment toujours c'est à vous et pour vous et par vous.
Oh Chloé, fermes tes yeux regardes, je suis là. Derrière tes paupières, je danse, un grand sourire aux lèvres. Un sourire vrai et franc. Y'a du piano, du violon, de l'accordéon, des guitares saturées. De la sueur et de la terre battue. Il fait chaud c'est l'été. Je danse, on se tiens la main. Le plus beau des marriages. Je tape mon index contre ma tempe. Et si tu n'existais pas. Tout dans la tête. Et tout pareil, tout brûle, pyromane. Tout brûle incandescent. Indécent. "J'ai mis l'feu à tout c'que j'ai touché".




Parfois la nuit. Parfois le jour. Et pour de vrai on voit à peine le soleil ici. Tout le temps la violence. T'as pas idée. Ou peut-être. Les gars ici. Mais aussi les femmes. Y'a pas de soleil. Et on boit tellement. Pas autant qu'avant parce qu'il faut bien lever des poids à la salle. Et il faut bien courir plus vite. Et il faut bien frapper le palet plus fort. Et jeter les balles plus vites. Mais vraiment au fond. On boit et on fume tout ce qu'on peut. Parce que. Rien n'a de sens pas plus qu'avant. Un peu plus qu'avant. Un autre milieu. Une autre ère. Une autre manière de trouver les mots. Les mots qui les font se lever des bancs et marquer des points. Les mots qui les font prendre la douleur et les coups. Accepter la peine physique pour leur passion, ou pour leur travail. Ou pour la passion qu'ils espèrent être un jour leur futur. Avant on peignait les murs. Maintenant on tente de peindre les âmes. Leur donner du courage et du coeur.

Tu sais le son que ça fait un palet contre la crosse ? A quel point ça libère ? Quand il résonne dans le hall vide. La force que tu vas y mettre avec tout ton corps, tes hanches, tes bras, la rotation. Le son du palet contre la crosse, et le son du palet quand il frappe un poteau, ou le filet, ou les planches de la patinoire. Quand il n'y a personne.
Quand toute leur vie c'est ça. Il n'y a rien d'autre dans leurs corps et leurs têtes. Que le son de la glace. Que le son de l'acier qui s'ancre. De la vitesse et soudainement. De la peur d'être frappé. De la sensation quand c'est toi qui frappe quelqu'un au sol. La glace. Son absence quand tu ne fais que y glisser. Son humiliation quand elle te mord. Quand il ne savent pas qui ils sont sans elle. Quand ils ont grandit dessus et n'ont rien connu d'autre. Ils y crache, ils y meurt, ils pleurent de joie, ils s'en fiche ils s'y font mal, ils y vivent. Ils jouent comme des enfants, ils oublient, ils y pensent. Sans arrêt, tout le temps. Ils crient sur d'autres. Ils enlèvent l'équipement lourd et se contentent de leur crosse et leurs patins. Ils apprennent à d'autres. Aux enfants. Ils leur apprennent mal. Pas le sport, pas la technique. Ca ils connaissent, comme leur poche, ils font du bon boulot. Mais la vie, les souffrance. Cruel mistress. Comme cette glace va les laisser sans rien. Comme il y a tellement d'autres choses à grandir et retenir du sport, des équipes, de la souffrance, du temps. Tout ça, ils n'ont pas pris le temps d'apprendre eux mêmes. Et ils gâchent. Ils savent, un peu, ils écoutent. Mais c'est tellement. Trop dur. Tout ce qu'ils veulent retenir c'est qu'eux, quand ils étaient jeunes il s'entraînait jusqu'à en vomir et ils devenaient champions de Finlande. Et quand tu leur demande. Qui sont t-ils sans la glace, sans le hockey. Ils paniquent ils ont peur. Peur de n'être personne. Ils sont tellement. Tellement d'autre choses, tellement de sensations et sentiments et d'idées, qu'ils ont appris sur et hors de la glace. Mais personne ne leur a dit. Personne ne leur a appris. Tout le monde savait qu'ils ne pourrait pas tous être professionnels national ou international. Mais tout ces hommes ont vécu la même histoire de peur et de honte. De déception. La leur et celle de leur famille. Parce que tous leur coachs étaient aussi des joueurs. Une tradition du silence, du pincement de lèvres et de l'acceptance. Mais qui pour arrêter ces gamins de 17 ans de boire et boire jusqu'à ce que leur parents les jettent dehors, et leur petites amies les larguent, parce qu'ils n'ont pas eu ce contrat. Il fait froid dehors et ils sont tous là. Ils regardent le temps qu'ils ont passé et parfois perdu sur la glace et hors de leur patins. Ils regardent tout ce temps où ils n'ont rient appris d'autre. Ou personne ne leur a donné d'autres responsabilité. Ou ils n'ont pas pris le temps de connaitre les gens. De vivre. De passer du temps en famille. Ils regardent la neige et le froid. Le silence. Leur pays où on ne parle pas de sentiments. Et ils pincent leurs lèvres. Ils finissent leur verre. Leur dernière cigarette. Ils ont 16 ans à peine et leur vie toute tracée n'a pas de sens et s'effondre. ll n'y a rien n'y personne derrière, que des bars miteux dans le noir, au milieu de la neige.
I was talking about the tattoo on my wrist with someone the other day. They asked me what it meant, what it was about. I used to tell the whole story. Now I settle for the strict minimum. I realized I hadn't written in so long. I felt far away from myself in that moment, in his question. That's why the tattoo is here, so I don't forget. Also because it keeps Heloïse close, she's always a little bit with me.

Finns are so reserved. They traditionally don't speak much, and they keep their pains and struggles for themselves, most of the time. Living here has made me stronger, in many ways, also in ways I wish I wouldn't have gone through. It's made me more independent, more at peace with silence and loneliness. With suffering even. There is a quiet and unity, meditative. A connection happens when you have to face and live with yourself. Self-discovery.
Maybe in France we're more comfortable with spreading our words and lives open. Or maybe I just always surrounded myself with romantics, artists, activists. People of loud passions. It made writing easier in a way.

I have been thinking a lot about Pablo lately. It just doesn't get easier. I'm still in so much shock whenever I bring the story back. I still can't comprehend how it happened. I think about his mom. I know from my mom, that she doesn't really understand or get at peace with it either.
I was reading Amanda Palmer's note about the death of Anthony, her best friend. It was so real and moving and I could relate to so many of her thoughts and moments.
But I found myself jealous. We didn't have any time to prepare, we never knew, we still don't. He wasn't sick. He wasn't sad. He didn't leave us a note, he never left any clue to anyone. We won't ever know what happened. It just happened, and humans are fragile creatures who can't fly, and die when they hit the ground from up high.
I just thought it was always going to be here. I had time. More time. To call him, to see him, to discover him again. More shouting stars and tennis, swimming and playing. More grown up conversations, two annoyingly fast brains. "I hope that Margot keeps on messing up with her parents!!" I sure did buddy.
I keep thinking about how that same night, I had opened the window in my bedroom to close my old metallic blinds. The place was empty, it was late, maybe around midnight. I felt so alone and in pain. I felt breathless. I put my hands on the stone of the building and I looked down. Wondering if there was any chance for me to die if I was to jump. I remember the floor just sucking up my gaze, it looked like I was already falling and it was coming closer at high speed. A noise in the street and I snapped out of it, I closed the blinds and the window hastily and went to sleep. When mom called to let me know what happened I didn't realize at first. It's later, when they told us the press got it wrong, that it wasn't an accident. That we knew from the bathroom door being locked from the inside, and the size of the window, and how bend the spikes on the roof were, that he was alone, he didn't fall, he had jumped. That's when I realized it was the same night.
Most times I am at peace, it squeezes my heart, pinches my chest a bit, but I feel hopeful and that I carry him with me in my dreams and my work, my achievements and my struggles. But sometimes like tonight, I'm still just as incredulous and in distraught as when they told me.
How mom on the phone had said "Do you remember Pablo?" Like if I could have forgotten you. But the worse was, why she thought I might have forgotten. Because I hadn't seen you, or called you, or written to you in so long. Suddenly you were gone.


So many tears and screams and words and actions and moments that fill us with anger. It's everywhere.
Il faut que j'écrive. Que je m'écrie. La glace offre cette sensation si particulière. Tu peux y glisser et perdre l'équilibre sans savoir pourquoi, et la morsure du froid est vive et résonne, mais si tu as de la chance tu dérives en riant. Lorsque tu l'apprivoise elle se carve sous tes pas. Tu la dessines à l'image de tes mouvements, elle bouge, se plie, s'ouvre. Tout repose sur cette fine ligne, ce petit bout de lame en metal accroché à tes pieds. Le moindre faux mouvement et la ligne se casse.
Don't worry, you haven't forgotten, it hasn't left you, yet. It won't ever. Or maybe it will. But it's still there. Nulla dies sine linea. It's funny to think that this sentence sounds just the same in Latin and in Finnish. Les arbres et les druides. Le sorbier, l'orme. Heloise is in love. I think she is, very very much in love. I am falling in liking. Again I picked a dark one. I like them to my image, even when they couldn't be more further away, more different. I like them with the black light inside, the impulsiveness and in the anger that turns them into monsters, of different scales. Maybe it makes my monstrosity look ok. Or even good. They make me feel alive. It's always about that tingling pain. We're not dreaming. You say you like me and I say I like you too. But really I'm scared, really I think you're not there. Images and ideas, reflections and how we can shape the way we see and appreciate people, how we can convince ourselves, feel ourselves with unconditional love and beliefs. I meant fill. Automatic writing always got the best out of me.
Ridiculously drunk, systematically puking and leaving big giant black holes in my scattered brain.
Laughing like it's 2005 and it's my first time. Over ten years ago, don't feel more grown up or mature, still the same shit and mistakes, the same hilarious situations, just a whole lot more pain and memories, a lot of more miles.
I'm all about those ideas, those concepts, how they dance around and sometimes reach out for me, hit me in the chest like gorgeous arrows of faith. But really we all know, I'm all about those muscles, those eyes, those hands, those perfect teeth. Those hips trusting against the barbell and those legs running fast, those shoulder hits between smooth strides on the ice, those perfect saves and timely hit on the bat, the noise it makes. The sweat on your stomachs and the smell after those long days of being and moving. I'm just like that, just vain and envious. Filthy and dirty and. Lust and flirty.
Anything to make me feel more alive. More real. Living, breathing, aching. Flesh addiction, stronger than any of the others. Maybe because it doesn't leave any stink or headaches.
So I just defer, I follow, I even smile and bite my lips when you're so directive and frown your eyebrows. It's always weird how it all begins. It's always with weird electric and static feels. Thinking the worse of them at first is what brings me to them. Mean, dangerous, dirty, ugly, skinny. They have that vibe that draws my attention, no matter how discrete and silent they may be. I looked at you and thought how hard and even ugly you looked, how pale, they're always so pale and almost transparent. I didn't think about you, I couldn't even remember if you had said a word. But then again later, I had to go and look in there. See what was happening. Was there any curiosity to pick. Would you react to being poked and messed around with. You were surprisingly soft and still fascinating despite everything separating us. Weeks past and only now you start to really pick my interest. Harder, secretive. I don't know yet how honest. I think of myself when you just won't bend to any request or directives from outside. The drive, it has to come from within. Nothing less or else. The rage. It doesn't spill much but it's always there. You laugh like a hyena and smile backward. You're juvenile and as old as the world all at once. You look so confident in a way that you hope nobody is going to look at you. I don't even think you observe, I think you are just being, and we better let you be. You just don't want to be bothered.

Tu peux changer de nom et elle peut cesser de peindre. Je peux m'arrêter après un verre et ne plus sortir la nuit. Elle peut se mettre à avoir peur et il peut ranger ses gants.
Ici le soleil ne se couche plus. Il n'y a nul part où aller, car finalement, tout est en place, c'est dans nos ventres ou nos coeurs, un de ces organes si nécessaires, un de ces entremêlements.
Au fond toujours on y reviens, vous êtes ma propre troupe du suicide. Trop important pour nous tous de se glisser entre les pages d'un poème noir, se laisser aller dans l'étreinte d'une veste en cuir ou aux larges épaules. Trop encrée partout sur nous les sons distordus et les cris, les rires et les psychoses, la douleur qui culmine en orgasme, la peine dans le regard des autres, se sentir, vivants, morts, peu importe et indépendamment. C'est là, ma maison, mon endroit, mon calme, ce chaos noir et silencieux et souriant, elle m'attend, les bras grand ouverts, toujours au tournant pour moi. Une constante sérieuse, je peux compter sur elle, pour toujours, on y revient. Libre et inatteignable et si forte. Mes poings oiseaux s'écrasent sur ses joues, est-ce qu'il pleure ? Tu sais pourquoi mes lèvres sont toujours rouges ? Comme leur sang. Dévorés de l'intérieur, dans mes rêves violet et délicieux où les femmes et les filles s'enchainent et s'embrassent et le soleil ne se lève pas.
Cachez-vous, brûlez les ponts, reconstruisez. Je sais que je vous y rêverais, reverrais, au croisement, dans un rade imaginaire, un endroit en noir et blanc où il fait toujours brumeux mais on ne peut jamais voir l'eau. Un endroit sale et. J'ai juste à fermer les yeux et vous êtes tous là, jamais partis, peut-être absents mais, pour toujours, en l'un et l'autre, amarrés pour l'éternité, carcasses qu'on n'échouera jamais au cimetière parce que la marée ne descend jamais assez.

https://www.youtube.com/watch?v=XaSVkb_XLt4

A lot of rage.
Le poing fermé, plutôt que les yeux, plutôt que dormir, à poings fermés. Ils chantent et tapent du pieds au dessus. Les chats mangent, grattent leurs portes. Je suis fatiguée. Fatiguée. Fatiguée. Exténuée.
JE DIS VIVE LA FETE. Dans ma tête, vive mes yeux qui s'écarquille et mes doigts robotiques, en masturbation carrée et répétition de bandes colorés. Cheveux entremêlés de sueur, malade, de peur, au ventre qui a faim, crève la dalle. EXCENTRIQUE. Tu devines ce que j'écoutes ? Comme une poupée malade, les jambes serrées, toujours penser à ça, rien qu'à ça tout le temps là-bas. fatiguée. J'en peux plus, fatiguée, crevée, brûlé de haut en bas partout derrière les yeux le nez qui coule de moitié de sang, bout de cerveau, les mots dans le désordre, rêves agressif et sueurs froides.
Le froid brûlant, les mains glacées, le sang ici et là, boire de l'eau.
Tirez moi les cheveux, réveillez moi, là bas je suis coincée la tête sous l'eau des chiottes.
Allo j'étouffe j'ai mal au coeur, mal au ventre, mal aux jambes, allo les pompiers de la nuit, oui c'est pour une urgence j'ai peur, si peur, de ne plus jamais dormir, ne plus jamais me sentir, ressentir, oui c'est pour.
J'ai le cerveau qui fond.
Encore une fois c'est d'en bas que j'appel.
ça fait longtemps qu'on est là maintenant. Un quart de siècle. Les doigts frais sur mon front brulant, le canon de mon flingue imaginaire dans la bouche, pas trop, pour pas vomir, à en mourir de rire. Les mains qui dansent tout doucement pour sentir l'air frais sur la moiteur, la fièvre. I am lost but I'm not stranded yet.
Ils me dégoutent, j'y crois pas comme j'ai acheté tout ça pendant si longtemps. J'y crois pas tout l'abus. Leurs mains sales sur moi, sur elles, comme on passe l'éponge encore et encore en bonne petites femmes en devenir, ces gros porcs. Qui nous élèvent ou pas. Qui nous côtoient, entoures, qu'ils pensent qu'ils sont des types biens parce qu'ils vont boire des cafés dans des groupes de femmes battues. Oui toi mon ami qui se soucie de moi, pour l'instant d'après dégouliner ta sueur de sperme sur ma pote avec tes mots cradingues. Je ne pardonne plus, je ne laisse plus passer. J'enfonce mes ongles dans mes joues. Je tord mon visage, crispée, dégoutée, tu peux lire encore comme je ne peux mentir. Toi le père qui veut définir pour nous ce que peut-être ou non le féminisme. Toi qui ne veut pas qu'elles montrent leurs jambes au travail mais qui refuse qu'elles cachent leurs cheveux dans le métro. C'est même pas ton pays non plus, c'est pas ta république. Toi qui nie le viol de ta propre mère, dont tu es peut-être bien issu. Et toi qui pleure si fort et refuse d'écouter quand on te dit que ton beau parolier sautaient des minettes bien trop petites dans ses hôtels de luxe. Tu sais moi aussi je le fais. La tout de suite je l'écoute notre beau roi des sous terrains, qui a pourtant tué une femme à mains nues lui aussi. Avant je lui trouvais des excuses. Oui encore maintenant la voix cours jusqu'au plus profond de moi, les entrailles retournées pour toujours pas ces même machos, de petite ou grande échelle, tous font partie du même système qu'il ne veut pas regarder parce qu'il les avantages. Brulure, te souviens tu, je n'oublis pas, tu es là au creux de mon bras. je ressasse mais c'est pour toujours au fond de moi, je n'en reviens, comment ais-je supportée, les railleries, les bites forcées au fond de ma gorge, les mensonges sur elles et moi. Maman qui dit que c'était pas si grave ce qu'on lui a fait. TOUTES LES FEMMES AUTOUR DE MOI.
je ferme mes poings. OUI JE DIS SANS ARRET LA MEME CHOSE JE SUIS COINCEE SUR LE MEME DISQUE PARCE QU'ENCORE ET ENCORE J'ECOUTE LES MEMES CHANSONS VENENEUSES PLEINE DE DESIR ET DE HAINE.
J'ai mal à la tête, à la gorge, j'ai pas parlé à Hélo depuis si longtemps, et si on perdait le large, et si on se perdait pour toujours, et Chloé, et si, on fera comment si je fume plus et je bois plus, et Blaise on fera comment si toujours on doit marcher entre deux stations de métro et se quitter et Pierre je ne sais plus où il est. Je prends mon vélo tous les jours et je brave la neige et le froid et toutes les choses que je fais, tuer la mère et le père et le frère et la soeur et vivre enfin pour moi, mais tellement occupée à quel prix, et si je vous perds les enfants perdus, et si je vous retrouve plus, et si je n'en suis plus. Les actes manqués et les paroles en l'air et le labyrinthe ou quoi.
mais quoi si je me mets dans des boites, j'ai qu'à en choisir des sans fond, des magiques, des tricks and threats and treats.
LES VISIONS NOUS ABANDONNENT ELLES.
La langue, est-ce qu'elle nous quitte si l'on cesse de la parler ?
I DON'T WANNA BE AN OTHER JUNKIE.
Système de valeurs. Vérité, honnêteté, justice, compassion. COLÈRE.
White hands. Cold and sunny, this low, straight, splashy light all over my face, the building, le bruit du tram et de la route. Le silence d'un centre ville d'un coeur battant d'un grand pays au peu de gens.
Mandatory liking of children pictures, half poor half rich artists who put things straight into their kids hands. Ligne de vie, tumulte, parallel, course en douceur, tout en douceur, jolie blonde, jolie, jolis chevaux qu'on dépèce, leurs plaisirs de monstre, ce sont eux qu'on devrait égorger. J'aime pas les hommes, j'ai pas honte, j'ai pas peur de le dire. Boussole. Poings fermés. Egratinures et bleus, lèvre tuméfiée. Les coups je ne les sens pas. Les mots, ils coulent comme de l'eau tiède, ils schlinguent à peine.
Les louves, les ours, ici c'est plein de crocs dont on ne se sert jamais sous de belles fourrures parfois salies. La tête dans le seau de peinture rouge, rouge à lettres, lourds et poisseux, le goût du. Sang. Dans les yeux, partout tout le temps rouge et. Violent. Se roule dans la neige comme des têtes décapitées et des réflexes de. Survivant.

Grey sky white cat
Two people asleep in the flat, snoring and drooling
In the bed and on the couch
The cat goes back and forth but rolls on himself
His happiness as his slaves sleep all day
Big clouds are like this
Pressuring and warm, easy to lay in and so hard to face
Under the blanket, so comfortable, letting the mind at rest
The comforting sound of formula 1 cars
and the computer buzzing
Cat purrs and meows
Waking up in cold sweat
Should be cleaning, tidying, getting ready for the world, fulfilling things
So hard, waking up sharp and sitting, "I'm going to the shop!"
Only to fall back asleep another hour
Blaming the other in their heads, for their own dizziness
Is that a bit of blue in the heavy sky?
Big windows are for exhibitionist lovers and cats who watch trains go
Green leaves
Yellow
She will ultimately get back up and keep going
Headache
Tell me we both matter don't we.
Les frissons dans le ventre, éviter ton regard à tout prix. Quand elle ferme les yeux elle voit, ses mains, sa peau, ses ongles qui se referme sur elle. Effleurer ses doigts, juste un instant, un peu, pour un moment, sentir la vague de chaleur qui remonte dans les reins. Ne rien savoir, se sentir, vivante, vivante un peu plus vibrante. Ne pas regarder, éviter ton regard. Avoir mal eu coeur de rire à chacune de tes phrases, mal aux dents, comme les petits poings sanglant que tu lui lances du bout de ta langue.
Petite langue déliée, alliée, aliénée du franc parlé, cache quelque chose sous tous tes cailloux dans l'eau, coeur battant plein de sang, pompe et expulse la vie de merde, comme le sang dont sont remplis tes big mac. Sur tes mains. L'énergie court, traverse, brûle la rétine et. En suspend, j'en reviens aux langues, entre deux, soit pas jalouse.
Alors si la métaphore ne file plus, penser à hier soir plutôt.
Des filles qui dansent, hurlent, battent le rythme sur leur palais, ventre découvert, danseurs qui s'agitent dans la petite foule, le son aux oreilles, pleuré, j'ai pleuré, chialé, des gens voyaient et me regardaient, pourquoi tu pleures, est-ce que ça va, c'est juste, on m'a laissé croire que cette ville était morte, qu'il n'y avait rien à y vivre que. Non mais non, toujours, des filles pour s'agiter sur des scènes, des choses à dire que je ne comprends qu'avec le ventre, à demi, dans leur langue qui chante, comme de sorcières hypnotisantes.
Je reviens. Elle te couvrira de cadeaux, d'encre qui ne s'efface pas et de parachutistes qui ne s'arrêtent jamais de tomber.
Je marche sur les pas des amants, vaporeuse dans le soleil, les hélicoptères en temps de paix, quelque chose de triste et pathétique, un peu joli quand même, par hasard entre tous ces uniformes, que je préférais attachés à des lits en fer. Quelques part au milieu de tout ça, jamais bien loin, quelque chose pour me faire vibrer encore, pas que des piles dans du plastique.
When I was a kid I wanted to be a doctor and an olympic medalist swimmer and a teacher and an ambassador for those fucking Ferrero and a judo champion and shit. I was lucky enough I had all the time in the world to think about all those bullshit jobs I would do one day.
When I was 15 I had a best friend and he would always be by my side and I'll always be here for him.
Then I fucked around and I also fucked the best friend and I was so busy fucking around and thinking about how I had fucked around, was fucking around and will be fucking around, that I forgot to do anything else. Now I am nothing, I have no job, I have no friends and I am definitely not fucking around.
Amanda Palmer posted so many pictures of her best friend on his dying bed and now he is gone.
You know what? Fucking around was shit anyway.
Je suis fatiguée. Exténuée de tension. Tire et pince, brûle et gâche. Mâches tes bouts de doigts. C peint, dessine, appose ses mains en couleurs sur des crânes en papier. Ca voudrait dire, beaucoup de travail. Spéculer. J'en suis fatiguée aussi, mais ça ressemble un peu à Speculoos. Crevée mes pneus à dire sans arrêt, oui, oui, c'est cela que je veux faire, pour toute la vie, c'est ça j'en suis sûre, vous allez voir, cette fois je vais y arriver. Il faut que ce soit utile, il faut que ce soit écologique, il faut que ça ne fasse pas de mal aux animaux, aux autres. Il faut que ce soit conscient. Mais ta gueule. Je tourne en rond sur mon petit manège, dehors et ça caille, trop de vent, de pluie, du vieux bois qui craque et pas chaleureusement. Retenue par quoi ? Il fait froid ici, comme ailleurs. De vieilles attaches, vieilles peurs. L'argent qui n'existe pas. D'autres mémoires de nos pères, comme je les hais, en sourdine, la pédale est coincée, j'abats avec fracas mes phalanges sur l'ivoire mais le voile feutré étouffe tout. Tousser en silence, les cordes vocales qui saignent. Tourner des pages grises et épaisse, lourdingues, vulgaires, qui oppressent. Tu veux tout, tout le temps, pas facile, pas évident, perdue. Des claques, des claques de mes propres mains sur mes propres joues, le son qui se perd comme pour tomber dans les pommes, les tympans qui résonnent en coups sourds et pathétique que je m'assène. Pour essayer de mettre de l'ordre dans mes idées noires, pour essayer de contrer l'angoisse qui essai de me noyer, autour, tout autour de moi. Attention aux rimes en faux pas, personne ne mérites, surtout pas toi, surtout pas toi, personnes n'a le mérite de. Parler, écrire, s'exprimer, avoir des choses à dire. Surtout pas, surtout, surtout soi belle et tais toi. Rien, rien ne t'appartiendra, toujours en dette, toujours sous une coupe froide et. Tu ne décideras de rien, jamais, jamais, toujours dans un coin nuageux de ton imaginaire de gamine, fausse, tout est, fausses, tes notes, tes sourires et tes joies. Perdu. Perdu, des coups qui se perdent.
Se plier à des règles et raturer sans arrêt, recommencer, le procédé, désapprendre, apprendre, se regarder, pas trop. J'ai peur, est-ce que ça existe même. Est-ce que quelque part, je pourrai faire ça. Pas ici, pas sans sacrifier. Toujours. Rien ne se perd, rien ne se crée. Il faudra transformer.


When I turned 12 a shift operated in my school grades. I had started writing a lot and found math less fun. Literature teachers started to praise my writing skills. When I got to high school, I was lucky enough to have the BEST literature teacher in the whole school. I worshiped him. He was brilliant, cynical, political and passionate. My parents were worried about my maths grades but this literature teacher kept reassuring them, saying that I had a brilliant future ahead of me in his field. I hated school but I felt worthy of something so enjoyed his classes. Of course in France we praise talent more than effort and our school system is as crap as it gets. I thought I was entitled to something and it had to be perfect or not be. When we pass the "French" part of the Baccalauréat at 16 years old, we have 4 options. I ever only studied three of those options, the fourth one being Creative Writing, we were always told that unless we were Marcel Proust, none of us was worthy of taking that test. I got into University unprepared, on a misunderstanding, and started a Modern Literature degree. Teachers were brilliant. They kept telling us how our orthography wasn't good enough, how our writing was terrible and how grades in this field would never exceed 15 (they go up to 20 on paper), which would be extremely exceptional. No contemporary writer was worthy of our attention. The only female writer ever mentioned by male teachers was Marguerite Yourcenar. None of us should feel entitle to write. Everything had already been written. I got depressed and dropped uni. I haven't really written anything in a long time, whenever I start, I feel guilty and can only see my flaws. I just read that since 2012 some creative writing Masters have been created in a couple of french uni, a bit of hope? Roller Derby teaches me about learning. Try, try again, make mistakes, struggle, see progress in various forms, enjoy yourself. Maybe one day I'll feel that way towards writing?
I want to go to bed at 10 and that nobody wakes me up in the middle of the night by joining me.
I want to host players from leagues who visit us and couch surfers.
I want to decide in the last minute to go to a party or a bar on a saturday night without feeling guilty or scared because someone at home doesn't want me to go.
I want to become vegan and not have tempting cheese in my fridge.
I want to be able to follow my schedule without someone making me late and blaming me instead of taking responsibility for it.
I want to date women and maybe some other men, because I don't want to belong to anyone or that anyone belong to me. I want trust overall and happiness, honesty.
I want to own fewer things.
I want to have space for my few things.
I want to have sex.
I want to share.
I want to fill my life with happiness.
I want love and respect.
I want to live without someone who insults me every other day.
I want to live in a home where people only scream at each other when absolutely necessary.
I want to live in a home where I don't have to clean and tidy up after other adults.
I want to surround myself with people who challenge me by their positivity.

But I guess I want even more to live in Helsinki, with a nice roof and warm walls around me, in a great location, with a cute cat, and a fridge full of good food.
Vraiment difficile.
Moomin d'abord, mais vraiment très jeune et c'est flou. Philip Pullman ensuite, avant dix ans, avec la série À la croisée des mondes. Je me souviens ne pas vouloir lire ce premier livre pendant un certain temps. Et le lire avec ma mère ensuite car certains mots m'échappaient.


Indochine à la radio, vers 11 ans, ensuite je voulais tout lire sur eux et ai commencé à lire, écouter, regarder les choses qu'ils recommandaient ou qu'ils disaient les avoir inspirés.



 Duras donc. Coup de chance, ma mère en avait beaucoup dans la bibliothèque. Hiroshima mon amour en premier. La couleur, la peau, le son des mots.



La petit voleuse de Claude Miller, 1988. Avec cette scène.



Les arts plastiques au lycée sept heures par semaine. Abramovic et Ulay.
AAA AAA 1978

 Et surtout, surtout The Other: Rest Energy


Mr H. qui nous montre toujours la fin des films en classe.

Alors le cinéma, hors de la maison, hors de ce que ma mère souhaite allez voir parce que Télérama a donné une bonne note.
Time of the Gypsies, Emir Kusturica 1988


Surtout les Amants du Pont-Neuf, 1991 de Leos Carax, et donc Leos Carax, et chacun des films. Y'en a pas beaucoup en même temps.



Electre, Jean Giraudoux
Camus, tous ces livres au sujet desquels mon professeur de Français au lycée puis de roman moderne à la fac était si passionné.

J'essai de penser au plus de cent films que j'ai vu avec J. quand on étaient ensembles. A tous les photographes et groupes de musique qu'on a partagé.

La diction de Jean-Pierre Léaud dans cette vidéo, des essais pour les 400 coups.


Je me rappel vaguement des expositions. Rien ne me reviens, rien ne m'a marqué j'imagine.

Isabelle Adjani un peu. Patrick Dewaere surtout.

Tous les matins du monde de Pascal Quignard, c'était au programme à la fac en 2009.

Le festival Premiers Plans d'Angers et ses rétrospectives. L'édition de 2013 qui m'a sauvée la peau avec Denis Lavant.

Chloé chaque fois qu'elle poste quelque chose ici.
Tous les stages de théâtre en été au Bono ou à Cahors, où l'on écrivait la pièce nous même.

Pas grand chose d'original, les trucs que tout le monde aime. Probablement rien que j'ai recherché, découvert par moi-même. On allait au cinéma les Arcades à Auray, c'était petit et on entendait le blockbuster d'à côté quand on allait voir Vera Drake.
Les tickets sont resté longtemps sur de petits coupons de couleur cartonnés à l'ancienne. Ils ont changé de propriétaire et sont passé à des tickets modernes. Probablement vers 15 ans mais surtout à 18, une fois en Lettres Modernes, j'ai cessé de dévorer des livres. Après la fin du lycée et des arts plastiques je suis allée voir peu d'expo, peu de spectacles. Le théâtre devenait trop douloureux parce que je l'avais abandonné.
J. regardaient des films tout le temps, si j'en voyais 5 par semaine il en regardait 8. Il me manque.
H. lit beaucoup, je lui ai demandé des recommandations, de me poster un livre, mais je crois qu'elle a oublié.
B. fait la révolution.
Je fais trop de sport, j'en ai marre. Cette culture là me manque, surtout maintenant quand la neige fond et qu'on attend que le printemps se ramène enfin. Surtout ici où il n'y a personne avec qui aller boire des cafés ou des verres.

Solange te parle sur youtube.

Maintenant je pleure et c'est douloureux.
Eh connard.

F. vit en roumanie et a un enfant. Son frère n'a pas changé. Get over it, ça va, des trucs comme ça tout le monde le fait, let it go. Pourquoi me suis-je retrouvée à regarder tout ça ? Garder tout ça.
Camille, je passe beaucoup de temps à lire le profil de Camille. Ca fait fonctionner ma tête un petit peu. En dehors du sport.
Du coup je suis tombé sur les profils de ces autres gens d'il y 10 ans. Dix ans. Quand je dis à Juho qu'il est jeune, si jeune, tellement jeune avec son numéro 93, c'est peut-être juste que je réalise que les années 90 c'était il y a déjà longtemps. Mais rappel toi, tout ça ne qu'est qu'une petite poussière quelque part.
Je pleure quand mes copines et moi on se cogne sur le track parce que, je me défend déjà tout le temps, et j'attaque déjà tellement à chaque instant, à part quand on dort en cuiller. Je suis lessivée. Erintée à faire peu. Ma tête explose.
Je pense à ces interview de meufs à poils qui expliquent pourquoi elle ne croit pas en la monogamie. Je lis les minorités dont j'ignorais tout. J'essai de me rappeler de quand je riais avec des gens et je me sentais gonflée de bonheur, isolée pour un moment de tout, reposée, soulagée. Je sais, je comprend, faut pas se plaindre, y'a toujours tellement pire, et puis faut juste en passer par là. Bref, bref bref.

Rah c'est pourri.
Pierre,

Il est tard pour t'écrire. Je pense beaucoup à toi ces dernières semaines. Cela fait tellement longtemps que je ne me souviens même plus quand était la dernière fois. J'essai de me souvenir de ta colère, de tes raisons. Où es-tu ? Mon meilleur ami. Que portes-tu ? Pas de chaussures. Que fais-tu ? Des échardes roulent sur la corne. Il y a si longtemps que je doute du sens des souvenirs. J'étais fière comme tout, mon beau copain, si fort, si bon, si drôle. Le présent vacille comme une bougie un peu misérable de saison, Noël. chaud et tendre, accueillante. Brûlante et si faible. Réveiller les souvenir c'est comme essayer de me pincer en cours de maths, faut pas que j'm'endorme, faut pas que j'm'endorme. Probablement parce que je n'ai pas d'imagination. Bon, c'est faux. Probablement parce que tout est cadenassé.
Quand y'avait pas de pub sur youtube. QUAND ET QUAND ET QUAND ET AVANT C'ETAIT MIEUX AVANT C'ETAIT MIEUX QUAND ON NE SAVAIT RIEN. Quand je ne me trompais que dans une seule langue. Mon disque est rayé depuis toutes ces années. Je devrais me raser la tête faire quelque chose. Avoir l'impression que les choses changent. Une grande maison où l'on pourrait être toutes seules toutes ensembles. Au moins j'écris. Au moins je me lève le matin. Au moins je ne dramatise plus - moins. PLUS OU MOINS. Quand je pense au sexe avant sérieux en fait c'était toujours nul/horrible. AVANT ON SAVAIT PAS. Je ne comprend rien de ce que les gens disent. De la musique en idiome. Encore une autre culture. Sortir du cadre. Olala qu'est-ce qu'elle prenait des photos pourries elle. EN VRAI. Je mets des capitales parce que ça me saoule ce clavier, mais ça me saoulerait le crayon. Ce qui me gave c'est ma lenteur, torpeur, ravageur. Tapage en nage. Ta gueule. Je pourrais demander qu'on étende un grand drap et qu'on peigne ensembles. On pourrait même peut-être boire du vin ou de la vodka ? C'est un peu la basse saison, c'est les fêtes, je ne rentrerais pas en France. Peut-être on pourrait faire ça ?
Toi, moi, les autres. Un poisson rouge. Peut-être même on pourrait fumer.
Tous nus. Tous les trucs qu'on fait pas dans notre vie qu'on essai de ranger tout doucement à pas de loups comme notre appart, pour pas qu'on meurt comme les gens qui passent sous les camions en vélo ou qui chantaient pour les plantes pendant des heures.
Le temps tu sais ça passe tellement vite que ça n'existe pas et on est rien qu'un moins qu'un grain. Ou peut-être pas, peut-être que rien de tout n'existe, qu'on brûle des chats qui n'existent pas. La douleur, l'information, les choses qu'on invente et qu'on voit. Ses petites pattes toutes douces et les griffes profondes. Intimité acérées. Des pinceaux en dents de lion. Kiitos hyvää or something.
Tu veux savoir. J'ai des idées. Des tonnes d'idées qui fusent, se dispersent, prennent sens. Si tu savais. Comme l'anglais devient ma langue, s'entre-mêle. Comme j'aime regarder des créations québécoises parce que c'est un peu, d'accord vraiment juste un peu, la même langue. Ma langue.
On crie et les mots sont fort, pas les morts, les morts se taisent. Le chat est plus blanc que la neige que j'attend désespérément. Elle est venue vite fait, incroyable, trop froide pour être façonnée, partout très vite, repartie aussi tôt. Je marche dans la ville, c'est beau, imparfait et délicat, brut pourtant, ça se tiens. C'est fermé avec de grandes fenêtres. c'est complexe mais sans prétendre. Ca en impose, comme une vérité. Ni légère ni lourde, elle respire, comme les coups de vent qui glacent dans ses rues. J'attends près du café, pas devant. Je regarde des robes de mariée et je m'attend à ce qu'il arrive par la droite, devant le café. Soudainement quelqu'un se tiens à ma gauche, bien sûr c'est lui. Je suis un peu gênée d'être découverte à contemplé tout ce blanc, je pense qu'il est marié, que tout le monde peut regarder une vitrine près d'un café où l'on a rendez-vous. On enlève nos écouteurs en même temps. J'essai de parler et je réalise que mon visage est gelé. J'ai tellement froid que tout est engourdi.
Si tu savais comme ça me recharge. Les mots mettent du temps à venir. Le café est commun et assez neutre, mais pas trop. La part de gâteau est bonne, classique, sans plus. Je décline la chantilly parce que je ne m'y attend pas, il comprend. Tous les mots sont durs. Difficile à extirper. Je value le silence alors je nous laisse respirer. J'attends. Je ne le confronte pas. Rien. Je sens l'angoisse montée alors je parle, je parle de tout, de n'importe quoi, de toute façon parler ça me fait tellement de bien. Je pense tout haut, cela rend mes pensée réelles, factuelles, présentes, je vis. Finalement il se libère des phrases pour lesquelles nous sommes venus, facilement, on ne se regarde pas trop mais dans les yeux. On repart sur le reste. Assez longtemps. Plus que je n'aurais cru. Ce n'est pas évident mais tout est naturel. Il me laisse parler. Il me répond. Il m'écoute. J'existe. Je communique avec quelqu'un. Je partage des morceaux de moi. J'ai une conversation avec un être humain. De chair et d'os.
Si tu savais comme c'est important.
Johnny Rep à Rimini le soir où l'Allemagne menait 6 - 0 contre le Brésil, mais si rappel toi, c'était en 2014, tu habitais à Londres, avant le grand départ. J'envoie des crépuscules, j'en vois, rappel les valses enivrées, à bascule, les mains liées. Alignes toi là, sinon on t'verras pas, sur la photo. En plus il faisait beau, comme il m'écrivait tous ou publiait partout leurs victoires, leurs années signées, les diplômes en poche, les entretiens d'embauche, les premiers boulots de rêve.
Yann, c'était avant la mer, avant l'averse, avant que tu t'enlises, j'invente je tisse et lisse, j'essai de faire mes gammes et je galère, je galère, pas de rythme ou tempo j'ai perdu la cadence j'essai de t'écouter, te suivre, toujours de bon conseil , tu fais filer mes doigts, sur le métier qui les rend si lourds et mes yeux que je ne peux fermer. Allez ça va revenir, comme tout ça se travail, se cultive, se laisse en friche parfois, a tailler, à relire, à découper. Le secret c'est de ne pas s'arrêter, se laisser porter, je m'étouffe avec toutes ces virgules mais je tape si vite, ça m'effraie, on dévale la pente de pavé à toute à allure et tu sais comme je suis peureuse. J'y comprend rien à ces groupes de verbe, je vois bien que je devrait coller des e là, au lieu de mes t, mais ça j'ai jamais su, vraiment. J'ai plus honte parce qu'il n'y a plus de professeur pour raturer en rouge. Tout vient à point qui sait attendre, mais si j'aimais les choses saignantes ? Olala je sais les copines, c'est pourri. Allez riez un peu, secouez la tête, laisser moi trébucher pour voir, il faut tout reprendre depuis le départ, savoir rire de soi même, fumer encore quelques cigarettes quand le temps s'y prêtera vraiment, et du vin.
Le chat s'est encore assis sur le bord de la fenêtre duquel il est déjà tombé une fois. Je regarde les rois et reines réduit à de petits numéros gravés dans du bois d'écolier, ça me fait sourire pas penser.
Je n'ai rien dis pour tout le sel que j'ai perdu, et quand il m'a emmené près de l'eau, l'odeur des algues vertes, et le lendemain sur l'île, de là tu peux voir Tuomiokirkko et aussi la mer à perte de vue, des deux côtés, marcher sur les rochers en pente, les goélands qui volent tout à côté de toi, le vent, et le sel, tu sais l'odeur du sel, j'inspire la bouche ouverte, à plein poumons, il faut que ça retourne sous ma peau, dans mes organes, que j'en fasse le plein, et quand j'y serais pour de bon il faudra retourner encore, aussi souvent que possible avant que l'hiver ne s'installe, avec qu'il ne fasse nuit sans arrêt.
Je ne sais pas exactement ce que c'est, mais il y a quelque chose dans ces grands conifères, dans l'odeur de la résine, la couleur à la fois pastel et chaude des immeubles, la taille des rues. La ville respire. 
Leurs visages. 
Bleu bleu bleu, tout est redevenu bleu et blanc. Et le rouge de mes lèvres mordues. Et le rouge sur mes fesses, le rouge à mes joues. Je redeviens folle, les choses perdent leur sens, j'ai peur, j'ai froid je pleure. Je me bat froid et rude, tellement dur que je me brise le coeur toute seule à défaut d'exploser les miroirs. Je ne me passe rien mais laisse tout passer. "You have to let it go eventually." Et je monte au créneau, je m'échauffe un peu, mais en face il n'y a rien. Que des mots sages. Des gestes tendres. Au pire l'incompréhension d'une langue commune qui n'est celle d'aucun de nous deux. "It could also be that you are getting better."
Tout me glisse entre les doigts. La sueur au goût doré des journées tièdes. La peau toujours chaude sous mes doigts glacés, plus blanche que la mienne. Tout a le goût ascétique et délicat du froid, des grands arbres du nord. Tout a l'odeur réconfortante du feu de bois et la douce amertume du chocolat à l'orange. La détermination, la dureté, la force, tout en subtilité, en larmes, en sensations et en sensualités. Les ogres de l'enfance me regardent du fond du bois me baigner nue dans le lac. Même si le désir et l'égoïsme sont toujours aussi violent, l'envie de se faire confiance et de ne pas se heurter est la plus forte. Il n'y a pas de médailles à donner mais des constats délicieux à faire. Derrière la porte il y a le désir pour les autres, les hommes et les femmes, les genres et les identités, à ne pas brider, à respecter, à contenter sans se blesser. Alors il faut parler. Tout dire, la peur au ventre, les mots franchissent enfin mes lèvres et je n'ai jamais été aussi libérée. Je pleure dedans, je veux hurler, casser des choses. J'attend, je dis, j'énumère, j'explose et rationalise, j'apprend. J'avance. Une chose à la fois, un mot tranquille ici ou là. Accepter la moquerie bienveillante. Se jeter à l'eau glacé. Rire, rire à gorge déployer. There is always something happening. Et tout ce chaos c'est simplement mes yeux ouverts de nouveau, la réalité. C'est maintenant la vie, c'est là, à cet instant qu'il faut tenir les portes et partager les repas.
Apprendre chaque jour une nouvelle chose et renoncer à une autre. Kate Bush murmure dans mes rêves aux couleurs saturés, ces rêves morbides et doux qui reviennent me hanter avec calme. Les cadavres d'animaux qui n'ont rien de triste ou d'ignoble. Je dois couper mes cheveux. H. a coupé les siens. Toulouse ce serait beau. Les mains de mes amies me manquent. Je ne veux pas vieillir et que la tendresse se perde. Mes lettres sont un peu rouillées mais souvenez-vous, moi je peux écrire des deux mains.


Je suis tellement en colère. Je me demande comment un si petit corps peut contenir autant de rage. Je fais la queue une heure dans le froid dans une rue perdue de l'est de Londres. Je me demande si ça va valoir le coup mais la conversation est bonne et nouvelle alors je remonte mon col et j'attend. A l'intérieur il fait trop chaud.
Ce n'est pas par ça que je voulais commencer. Je voulais écrire à quel point je suis en colère.
Toute leur haine. Tous ces meurtres alimentaires et vestimentaires qu'ils embrassent avec joie. Toute la violence à l 'encontre des femmes, des hommes aussi, qu'ils acceptent et relaient chaque instant.
Et pour une vitrine cassée tout le monde y va de sa critique violente, fait la chasse aux sorcières.
Rien n'a de sens. Pourquoi les gens se battent contre ce qui a du sens ? Contre ce qui ferait l'intérêt du plus grand nombre ? Contre l'égalité ? Contre le respect ? C'est partout sur internet, leur haine pour les mecs en trottinettes. Leurs blagues pas drôles sur les femmes qui mangent dans le métro. Leur commérage d'adolescents aux répercussions nationales. Leur haine. Leur impression que tout leur est du. Leur impression que la race humaine a plus d'importance qu'une autre sur terre, du coup, allons-y, haïssons-nous les uns les autres et détruisons tout allègrement. Je me demande si il va me rester une seule personne avec qui parler.
Une seule personne qui ne soit pas pleine de haine pour tout ce qui n'est pas elle-même.
Forcément je ne comprend pas, parce que si je devais garder une chose à haïr se serait probablement moi même. Moi même quand je ne respecte pas assez les autres. Moi même pour n'être que végétarienne. Moi même pour ne pas toujours prendre mes responsabilités. Moi même pour cette phrase où j'ai jugé trop vite. Moi même pour avoir propagé ce stéréotype. Moi même pour n'avoir pas assez encouragé. Moi même pour avoir pensé à moi avant l'intérêt général. Moi même pour avoir fermé les yeux.
Et dans le noir tout le monde danse comme si sa vie en dépendait. L'entrée n'a rien coûtée et l'espace est réduit. Nos vêtements sont éparpillés contre les murs et sur des canapés. Il y a tous les styles, tous les genres, tous les sexes et sexualités. Certains portent des badges à message pour plus ou moins de tranquillité. Personne n'en a rien à branler et cette fille à moitié nue est magnifique. Je me sens tellement tranquille et en sécurité.
Personne n'a dit que ça allait être facile, chaque jour j'en apprend un peu plus et le spectre de l'acceptable se réduit. Mais je sais que je vais dans la bonne direction. Personne n'a dit que ça allait être facile.


On dirait que je me pardonne. Je ne peux pas en être sûre, d'autant que je continue de me juger, de m'évaluer, de me pousser. Sans doute le fais-je avec plus de sagesse. Peut-être pas déjà remarque. Je me tiens plus ferme devant mes miroirs. Je m'arrête sur les mots et les souvenirs, les regarde en face. You must embrace your pain. Your pain will become a part of your pride.
Je suis en plein dedans. Torrent de boue crasseux et en plus il fait nuit. C'est glacial. Et puis je suis toute seule. Chloé derrière mes yeux ça découle en dessin gras. C'est moi dans la nuit qui marche dans la boue et Pablo qui vole béat sur les toits de Paris, on voit même les étoiles. Avec ses grandes dents, il sourit tout ce qu'il peut. Moi je fais un peu la gueule, j'enfonce les mains dans mes poches autant que je peux mais je suis trempée comme une soupe depuis des kilomètres. J'en ai ras le bol et ça caille, mais en même temps j'ai compris que le feu et le chocolat chaud, ça va pas être pour tout de suite, que ça sert à rien d'y rêver, il viendra quand il viendra. Quand j'aurais marché jusque là. Et puis aussi j'ai compris que j'avancerais pas mieux avec quelqu'un, franchement à part Sherlock et Watson quand ils sont menottés, personne ne court plus vite en se tenant la main. Quand vraiment le vent forcit trop et que je manque de m'étaler dans la boue j'imagine des conversations, j'imagine qu'Héloïse est là et qu'elle me parle d'elle. Quand vraiment ça me fait trop peur, tout ce noir qui ressemble à du vide et d'avancer à l'aveugle avec mes yeux grands ouverts et noyés, j'entend Julien qui se moque gentiment de moi, il me raconte des blagues. Je pense au fait que mes parents l'appellent toujours Julien et que je l'appel toujours Jules, qu'ils comprennent pas à cause de mon neveu qui s'appel aussi Jules. Et quand j'appelle Julien Julien devant les copains, ils comprennent pas, à cause qu'ils l'appellent toujours Jules. Quand ça lance dans mes jambes et que je suis tétanisée c'est à toi que je pense. T'es comme la chenille dans Alice, assise sur ton canapé dans des nuages de fumée tu m'écoutes, tu t'en fous un peu mais tes oreilles enregistrent pour toi. De mes mots ou des tiens, mêlés enfumés, finis toujours par sortir un vieux BN dont les côtés me feront grandir ou rapetisser, et je repars. Derrière mes paupières c'est mieux que la pierre de résurrection. Je porte l'impair de maman qui me fait ressembler à une mod et je souris en me disant que tu en as eu de la patience avec mes talons aiguilles dans mes bottes chafouins.
Je me sens vide. Tout est tendu prêt à se rompre. Je sens le sucre transpirer par mes pores. Jusqu'à y crever leurs forces, ils marchent sans sourciller d'un pas irrégulier. Je m'assoie sous la barre et je sens qu'aujourd'hui je ne lèverais aucun poids. Chloé. A l'endroit pour une fois. Je me sens partir mais je m'accroche très fort. Je monte le son et je ne me laisse pas aller. Je n'ai rien à t'écrire. J'essai de survivre et de garder la tête froide. Je me colle dans le frigo pour ne pas perdre la boule. Pour ne pas tout laisser me consumer. Faire ce qu'on attend de moi. Ne pas être une victime. Ne pas me placer en victime, faire les choix. L'angoisse me dévore et me ronge, l'acide amertume de mes trouilles irraisonnées. Mais je me bagarre. J'irais au delà. Je me bagarre. J'en ai mal au coeur. Catherine Ringer crie dans mes oreilles. Je suis tout au bord mais je contracte tous mes muscles et ne me laisse pas tomber.De toute façon j'veux pas pleurer, j'peux pas me moucher. J'ai peur, j'ai si peur. L'idée de n'avoir rien à t'écrire me fait flipper aussi.  La meilleure amie de C. a essayé de se suicider, tu sais, c'est avec elles que je suis allée à ce concert. Je voudrais m'entraîner tous les jours et avoir une hygiène de vie irréprochable, il parait que je me débrouille bien, je ne sais pas, tout ce que je sais c'est ce que je sens. Que je pousse et saute et tire et transpire et souffre. Que je sens quand je contrôle absolument mon corps ou me laisse porter et tout s'emboite, tout fonctionne, tout prend sens. Tout ce que je veux c'est ne vivre que la nuit et m'inonder d'alcool, me noyer de sons et de peau. Tout ce que je veux c'est trouver. Mettre le doigt sur. Quand je parcours ces années de photographies je ne regrette pas, je vois le chemin fait et je suis fière et heureuse. MAIS POURQUOI CA TIRE SI FORT ? Pourquoi ça sert mon coeur comme un étau. Tout le monde crie et pousse. Tout le monde ment et charrie. Tout le monde a peur. DE LA NAISSANCE A LA MORSURE. Je me force, je me contorsionne, je me raisonne. Je m'empêche d'être en colère. Tout le monde est en colère. je ne veux pas céder, pas me laisser définir, emprisonner, par les événements, mes émotions, les choses faciles. Je vaux mieux que tout ça. Je peux prendre la décision, je peux faire le choix, je peux être libre. Je suis capable de me faire frapper à tout allure et me relever, je peux bien sortir et prendre le métro ? Cantat hurle à la lune, pourquoi je mentirais ?
Je dois juste garder la tête froide, garder mon calme. Un peu plus longtemps, juste un peu plus longtemps. Ca passe toujours. C'est comme perdre son sang, ça revient mais ça ne dure jamais bien longtemps. Je dois juste faire face, je dois juste continuer, ne pas sombrer, je ne vais pas sombrer, et ça m'étouffe, ça pèse sur mes poumons et je ne peux plus leur parler, je ne peux plus penser, je ne peux plus me raisonner. mais c'est moi qui décide. c'est moi qui décide. Mais c'est comme quand Raw me tient derrière elle et m'enchaine, j'ai peur aussi et j'étouffe aussi et mes jambes ne me portent plus, mais il n'y a pas d'abandon possible, pas de lâché prise. Tout ce que je dois faire c'est imaginer que je suis encore sur des patins. Qu'on me demande juste d'esquiver et d'encaisser, de réagir de la bonne manière, de prendre la bonne décision, de repartir tout de suite après un mauvais choix. D'être celle qui mène le jeu et décide quand attaquer et quand laisser faire. Tout ce que je dois faire c'est continuer les analogies, ça rien n'a de sens et je ne veux pas me laisser broyer.
Laisses mon utérus tranquille. Laisse mon utérus tranquille, comme s'il avait besoin de toi pour exister, comme si son vide le rendait mort, comme si tu devais le remplir. Comme si mon utérus à remplir me définissait. Mais la terre est trop peuplée, ta société s'effondre et n'a plus de sens. Laisses moi tranquille crocodile. Je sers Eolch dans mes bras et elle est tout en os. Je dors dans le lit de S. absent et je me répète, dans ma tête en me déshabillant dans le froid "die or evolve". Et je m'endors.
L'alcool fonce à toute allure dans mes veines, brûle tout comme au premier jour. La sueur et les sourires inconnus dans ce petit milieu où ils ont grandit comme en famille. L'anglais si difficile à discerner dans le bruit fou. Le métal et les yeux bleus. L'alcool a tout consumé, ma mémoire écornée comme les vraies cartes aux trésor que papa m'aidait à brûler à la bougie. Mais entre les flash noirs et la musique très fortes me reste quelques goutte pures de la nuit. Beaucoup de sourires et de gestes si tendres, son sexe dur entre mes lèvres. Moi beaucoup plus saoule que lui. Ses décisions sages de punk contre ma déraison pathétique de fille de la pop. Dormir tête bêche et se réveiller aveugle. All I want for Christmas is TA GUEULE.
Toronto et les Français qui ne vont jamais qu'au Québec, mon anglais de pacotille qui m'empêche de comprendre à quel point cette série n'a jamais été drôle. Le trottoir gris, la walk of shame. Le baiser furtif dans le métro avant de t'en aller pour toujours. "Text me or something."

Voilà, je t'ai sorti de ma tête.


Je veux écrire. Je dois aller me coucher, je suis épuisée. Les viennent vont sans angoisse, en anglais, en français. J'en écris quelques uns entre deux photos aujourd'hui. Mes paupières se ferment.
J'ai vu Eolch, et Topok. J'ai tant à raconter encore. Toutes les merveilles. Les yeux bleus. Les rêves. L'odeur de la ville.
Je m'endors.
Mais tu te prends pour qui ? Avec ton esprit fort, Avec tes choix avisés ? Tu  crois que je ne vois pas tout ce que tu tentes de cacher ? Tout ce que tu veux condamner ? Et si moi je veux y laisser toute la place, et l'accorder le pardon ? Le bénéfice du doute ? L'humanité ? Pour quoi tu te prends ?
Tu crois que la force les gens l'ont ou la perde ? Tu crois qu'ils sont nés sans ? Tu crois que s'il apprennent, c'est du jour au lendemain ? Mais à qui crois tu parler ? Et si je veux acclamer la beauté de tous ces ratés ? Mais je t'emmerde !  Mais c'était y a des années. DES MILLENAIRES. Les gens sont en colère. TOUT LE MONDE EST EN COLERE. Colère, colère, colère noire.
Je veux remonter la mer à la nage, mais on l'a toujours su, à contre courant c'est pas possible, les écluses fermées à double tours, te retourne pas, je sais faire que ça, te retournes pas, c'est derrière c'est perdu, c'est athazagoraphobia. Quand on faisait d'autre trucs. Putain mais t'es toi, tais toi ; t'as juste la gueule de bois des souvenirs, connard. Juste de la gueule dans mes souvenirs.
Et puis tu colles du sang partout avec tes conneries.  La rage à la nerfs. Ta mère. J'ai la gorge sèche parce que tu parles trop, t'avales toutes les ponctuations aussi faut dire, si y'avait que ça. Dis donc t'es pas chié, venant de toi qui ferme les yeux au moindre son un peu puant !
Taisez-vous il s'est mis à pleuvoir, à pleuvoir noir. Epais. Tout a cette odeur oxydée. Est-ce que c'est son sang ou juste l'encre ? Comme dans un four. Elle a mis les mains sur tes yeux, pourquoi tu lui pardonnes pas ? C'est jamais qu'une toute petite absolution. Tous ces combats. Des couleuvres grosses comme nos poings fermés. Dans le sommeil tu viens hurler à mes oreilles, insurgée, petite insurgée, petite insurgée. Petite insultée. Restes là, ne t'enfuis pas dans les images en vagues. Restes là ne me perds pas dans tout ce qu'on a déjà trop écrit toi et moi. Je sais que tout ce que tu veux c'est que je t'enfouisse sous le sel, que je t'appose en millier de mains brûlantes. Ecoutes, écoutes. Ecoutes toi.  Fabules.
Avant j'écrivais sur les gens. Tous ces drames d'écolière, tous mes garçons maudits. J'ai rêvé de Simon l'autre nuit, entre autres. Il me malmenait. Je prenais un plaisir fou dans mon rôle de victime. Je me sentais comblée.
L'inconscient ce fils de pute. Dans mon rêve je visitais un appartement dans un château à Lorient alors que je devais étudier à Quimper. Enfin bref.

Je persiste dans mes délires d'enfants, je laisse l'imagination vagabonder là où je sais que la réalité n'ira jamais. Le monde dans lequel j'évolue chaque jour est terre à terre, assuré et rassurant. Dur et hilarant. Je peux me sentir un peu plus en décalage, plus fragile, plus folle chaque fois que je laisse mes pensées se formuler. J'essai de me concentrer, de penser à autre chose, de rationaliser, de me trouver des excuses ou de les combattre. Je me fais violence. Je finis toujours par baisser ma garde et évoquer pour moi même toutes ces choses que je ne devrais pas penser.
Là, tout de suite, maintenant, je me fais violence pour ne pas écrire sur. C'est comme si, chaque fois que je formulais à d'autres un de mes fantasmes (relativement) tordus, je le rendais un plus réel, je m'y confortais. Ce qui est quand même très con. Alors j'ai déjà partagé l'information avec deux personnes. Plus je parle ou écris pire c'est. Je regrette 90% de ce que je formule lorsque je suis saoule. Ca ne m'empêche pas de boire. Ha ha ha !
Some may be from showing up.
Ce qui me manque le plus, c'est l'odeur du sel. L'air iodé plein les poumons grands ouverts dans le froid matinal. L'hiver et la mer grise.
Je sers les dents, dessers les doigts, referme encore la main sur la barre de métal glacé et rugueuse, sens les cloques et les ampoules se former, inspire, bloque, continue. Me laisse abattre certains soirs mais continue, enchaine les séries même si je n'ajoute pas de poids, le truc c'est d'aller jusqu'au bout.
Je fais mon lit au carré et je nettoie presque minutieusement, je continue de lâcher prise et de m'enfiler de la bouffe alors que tout ce qui pourrait me combler ce sont les mains des autres. Mais ce qui compte c'est d'aller jusqu'au bout. De finir la journée. De ne pas m'arrêter de rouler malgré la douleur lancinante après onze heures sur les patins. De ne pas m'arrêter de faire les choses absurdes qui remplissent les jours, qui donne du sens, même pathétique, à ma présence. Ce qui compte c'est ce moment de recul que les années nous ont appris, cette sortie de l'eau rapide pour reprendre sa respiration, et replonger aussi sec.
J'ai mal au dos parce que je me frotte aux garçons et qu'ici ce sont eux qui donnent la leçon. Rude, parfois un peu humiliante, efficace. Je me glisse entre les filles et j'ai raison de me méfier. J'apprend à être un peu plus sage et à ne pas mêler les honnêtes gens à ma merde. J'essai en tous les cas.
Dans ma robe à sequin je finis ma pinte en regardant comme une louve menaçante les corps qui me plaisent danser sur les beat assourdissants qu'on quitte trop tôt. J'en pleurais dans le métro mais je sers les mâchoires, encore, un esprit sain. Un mental fort. Ce en quoi je crois fondamentalement.
Ne pas me trahir, ne pas tenter de traduire. Loyal to no one, loyal to myself.
Parfois le sang appel aux ras de marée d'alcool. Mais comme je me sens devenir plus puissante et plus rapide quand les corps s'entre-choquent, je me noie dans la sueur plutôt que dans le vin.
Parfois mes poings se serrent et montent en garde face au vide, mais comme je frappe plus fort, sans souffrance, que ma vision affûte mes choix malins, j'en relâcherai la peur.
Viens taper sur mes côtes.
Ils ont le visage de gens que je connais. De cette fille croisée en soirée, de celle sur les photos de ce garçon. Ils ont le visage des anciennes figures de proue. Ils ont le visage des damnés. Ils ont le visage de leur siècle, de leur génération, ils sont ces icônes flambées qu'on admirait adolescents. Ils sont les parents de. Des pages sur les réseaux sociaux où ils agissent comme leur mômes déjà vieux, eux-même.  Toujours jouant les enfants. Un peu pathétiques un peu triste, de par leur virtualité. Leurs visages.
Ils ont des faux noms qui s'assemblent, et ils font des enfants ensembles.
En peau de nénuphar je m'imagine encore virtuose, parfois, de quelque chose. Je m'imagine encore sage déesse des caresses, pas terrorisée pour un sous, en extase la plus totale, béatitude et jaw dropping. Et toutes ces idées d'encres. Elle en dit des conneries la Marguerite, mais je lui pardonne, je lui laisse le bénéfice du doute, je me donne l'arrogance de mon temps et de sa connaissance, de ses moeurs qui évoluent tant bien que mal. Est Amélie putain. Me tend ses mains sale le long du canal, pour me sortir de ce trou plein de boue, elle passe par tous les âges, se cachent derrières les aplats, sous les sexes rouges, les androgynies, déjà. Je laisse le piano revenir, je laisse Chopin sur de faux paquebots faire pleurer les très jeunes filles, pour mieux redécouvrir tout ce que tu lui volais. Pour me rappeler que mes doigts s'égaraient toujours, que je n'avais pas la rigueur, pas le talent, et que tout m'emplissant de haine, ces notes forcément justes, cet instrument facile qu'on faisait toutes sonner encore et encore dans la maison au bord de la rivière. De la justesse. De la justice. Je veux que tout soit vrai, pour de vrai. Je veux que tout soit là, sur cette corde parfaite qui n'a pas besoin qu'on l'accorde. Et tout est là, sur les choses dont on est éprises, et que l'on laisse partir. Quand elles reviennent à bon port, chargées du temps, de nos propres rides juvéniles, elles ont cette fraicheur éternelle, elles n'ont pas besoin du goût lourd des madeleines ou de la faneur du thé. Tout se consume pour toujours de nos hérésies

Chloé, je ne sais plus ce mot, il est quelque part, cherchons le. J'aurais pu le laisser partout. N'importe où dans un coin de bar. N'importe sur un bout de trottoir. Quelque part dans un champ de tournesols. Héloïse viens nous aider, j'ai perdu. J'ai perdu l'idée. On a pu la laisser sur la route de la maison des parents de Nico, ou est-ce que c'était dans la rue Lepic ? Peut-être que c'est juste parce que Soshana a tout repeint en bleu et bizarrement je ne reconnais plus rien, encore une fois. Il fait complètement noir, pas gris comme dans la peau, pas rouge. Complètement noir. J'ai le nez qui coule et pas de mouchoir, parce qu'on a finalement du laver nos fringues de babosse au dernier lavoir, elles en sont toutes décolorées. On a plus qu'à tout teindre en noir. Regardez les filles, je les vois qui courent là-bas, elles l'ont peut-être encore sous la langue, dépêchez vous, on les rattrapera peut-être ! Pardon de loin j'ai mal jugé, je me suis trompée pour changer, je me suis gourée de Clara. On est pas tombées sur la bonne, elle est avec Lucie, venez, même dans mes rêves elles ne m'adressent plus la parole.

C'est quand même marrant que vous non plus vous ne vous en souveniez pas !

Ne pleure pas Chloé. Quand tu pleures tu deviens cassante. Et ça fait fumer Héloïse qui fume déjà sans arrêt. Le soleil tape et si j'ouvrais les stores, il réchaufferait probablement ma chambre glacée, mais sans ombre comment pourrais-je vous dessiner, vous voir, vous toucher ?

Je crois que j'ai trouvé, patience. Si je vous disais tout tout de suite, vous ne reviendriez pas.


J'ai mal aux dents. Eohlc a raison, elle est triste cette photographie. J'avais jamais rencontré quelqu'un d'aussi triste de toute façon. Je ne sais jamais quand c'est terminé. Je ne sais pas partir tant qu'il est encore temps. Je laisse tout pourrir, je laisse tout flétrir, je vais jusqu'à piller, vos derniers bouts de peau, dernières intimités, j'en demande toujours plus, je vais jusqu'au dégout. Je détruis les châteaux de sable avec minutie, sans bruit et sans éclat, sans grand gestes, mais jusqu'au dernier grain.  J'y reviens sans cesse. Vous jeter à la figure les souvenirs les plus enfouis. Pourtant tu l'a vu l'animal au fond de moi, c'est ce qui fait que tu y viens, c'est ce que tu viens chercher en me déshabillant, c'est ce que tu attend au fond de ma gorge, dans les mots comme dans la salive, c'est ce que vous voulez que je vous montre, vous l'avez vu roder, c'est celui qui vous chasse, se laisse mordre à l'occasion. Esquintés. Des corps calcinés. Des corps jeunes et calcinés. Les trous à l'estomac, le verre sous les doigts, la pluie qui perce, plus loin, plus profond, à vouloir se noyer d'ivresse, sans cesse. Et qui vous a donné ce droit d'hanter. Ectoplasme au rabais. Je coupe mes ongles, plus courts, de plus en plus. Courts.
Screw you Melbourne. C'est Londres et tout est gris. Humide. Cher. J'agis, je marche, je fais les choses.  I am the kind of person who crosses ocean to join someone. J'ai juste besoin de boire énormément de vodka. Je ne veux pas oublier les visages. Je croyais vouloir écrire mais ce ne sera pas pour ce soir. Je vais juste m'allonger écouter Jack me hurler dans les oreilles que l'amour est aveugle, et sentir la morsure jouissive de ton souvenir.
Je m'installe et les murs me semblent si familiers. Putain mais vas te faire enculer. C'est bien la peine de perdre tant de temps et de pognon pour se défaire de ça. De ce truc qu'on attendait tellement. Pauvre connasse. Pauvre connasse. Je ne regrette pas du tout de t'avoir frappé. Et j'y pense sans arrêt. Les marques dans le mur c'est ce que je t'épargne. Je m'imagine te torturer pendant des heures. Te frapper la tête contre les murs. Je m'imagine te découper en morceaux. Te cogner, te cogner, te cogner.
Je veux juste que tu sois tranquille et que tu ailles mieux. Que des gens t'entourent. Que tu sois libre. Mais vas te faire foutre. Parce que tu nous as tous emmenés jusqu'ici. Si tu as oublié, pas moi. Si tu trouve ce coup de poing raté plus grave que toutes les claques, que toutes les fois où tu m'as secouée, balancée contre les murs. Dis toi que dans ce petit coup de poing il n'y avait la place que pour une minute de la violence et la colère que j'ai à ton encontre. Et tous ces objets cassés, jetés par les fenêtres, à la poubelle. Toutes ces humiliations, à me fliquer. Toutes ces punitions parce que je ne rentrais pas dans  le schéma qui pouvait peut-être te calmer. Serrer ses lacets au point d'en avoir mal aux pieds, remonter son sac à dos, fermer son manteau. Ta colère monstrueuse. Tu veux savoir comme tu effraie les gens ? Dans les magasins je sens la gène monter, pauvre folle. Ce n'est pas une manière de parler aux gens. Pour qui tu te prends ? Je pourrais te tuer. Ce serait facile. Tu te débattrais mais ça rendrait le boulot encore plus marrant. Te prouver que c'est moi la plus forte, que c'est moi qui t'écrase.
Tous les mots comme des poignards. Alors moi aussi j'aiguise la langue avec brutalité désormais. Pourquoi je t'épargnerais ? Parce que tu menaces de te suicider ? Mais je n'ai rien. Je n'ai rien à perdre. Je n'ai pas d'amis. Je n'ai que des centaines et des centaines de connaissances légère. Les gens me détestent mais ils ne s'imaginent pas une seconde la haine que je me porte. Comme je me répugne. Je n'ai que du confort matériel illusoire à perdre. Ma famille me hais, et je le lui rend bien. Je n'ai que toi maman. Alors si tu décides de m'enlever les biens, pour te donner raison, pour te prouver que tu n'as pas perdu ta vie pour rien, que tu n'as pas construit tout ça sans droit à le détruire. Si tu m'abandonne. Je n'ai rien à perdre. J'ai l'âge d'une adulte mais je ne suis qu'un petit animal gueulard. Je ne sais rien faire. Je pense mal. Je suis haïssable, pitoyable. Tu n'as plus de place pour notre colère, il faut que tu t'enfuis, que tu te répares, te préserve. Mais pas sans tout nous prendre bien sûr. Et si en premier lieu tu n'avais pas déclenché tout ça ?! Pauvre conne.
Les fantômes. Mon père, de dos, sur la terrasse, fait le robot pour amuser Jules. Tout ce que je vois c'est un vieil homme qui tremble et je crois qu'il fait un malaise. J'appel une fois, deux, trois :"Papa ?! Tout va bien ?" Il se retourne en riant mais c'est trop tard je pleure, j'ai eu si peur.
Je me couche tôt, ne me lève pas trop tard. Je dors mal. Ma mère dort avec moi pour ne pas dormir avec mon père. Je voudrais être seule. Elle ne lui parle pas, elle le puni sans cesse. Je lui en veut, je lui en veut tellement. Pour essayer de trouver le sommeil je pense à leurs bras. Je pense à leurs étreintes rassurantes. Je pense à Julien. Je dors toujours bien dans les bras de Julien. Je sais qu'il me protège, que je le protège. C'est idiot. J'ai pensé aux bras de Martin mais je n'ai pas pu m'en souvenir, tout était trop beau pour être vrai. Je voudrais me lever et leur dire fièrement : je veux mieux que vous, vous ne me méritez pas. Vous me prenez pour une idiote ? Cette lettre je ne risque pas de la recevoir puisque tu ne l'as jamais écrite ! Et à qui veux-tu faire croire que cette Monica ne partage pas tes nuits, tes jours, ta vie ? Te sortir de mes souvenirs. No dore, no day. Quant à toi, je ne suis pas partageuse, choisis moi ou choisis mal, mais je suis de celle que l'on prend pleinement, fièrement, exclusivement.
Toi, avec ton petit sms bien senti des années après. Je devrais t'appeler, encore et encore, et finir par laisser un message et rire, te rire au visage, rire dans le combiné, rire sur une stupide bande enregistrée. Juste rire. J'ai gagné.
Je voudrais me lever chaque matin, fière, sûre, sans peur. Je devrais me lever et avancer. Je suis. Seule. Je suis supposée être cette femme forte et indépendante. En colère et juste. Qui ne subie pas.

Je peux à peine respirer. À peine respirer.
Je sens les insectes ramper dans mon lit, je vois les frelons me piquer dans la bouche. Les larves de futurs papillons naître dans mes oreilles.
J'ai soif. You left me in the dark.

Toutes ces angines de ce que je peux dire. J'ai tout sur le bout de la langue mais.
Il est temps d'aller boire quelques verres.
Je n'arrête pas de penser à cette petite blonde dans ma tête, qui, en réalité couchée sur le papier, ne savait plus déchiffrer les symboles précis qu'elle parcourait si intuitivement peu de temps avant.
Je n'ai même plus de boule sur mon annulaire.
So I stay in the darkness with you. I'm not pure anymore. Je me suis souillée. Je regarde les lignes de mes mains. Je voudrais me noyer sous les averses. Je monte le son, trop fort, j'en ai mal aux tympans. Mais je voudrais qu'on me réveille. Réveille toi. Réveille toi tout au fond. J'ai besoin de toi. Reviens, je te sens encore. Je sais que tu es là. C'est toi la chaire de poule. C'est toi les doigts qui tremblent. C'est toi le souffle haletant. Viens, restes encore avec moi. J'ai besoin que tu parles. Parles moi.
Cette chaleur moite et dégoulinante de l'alcool, entre les bras, je ne les sens pas, je flotte, à la surface de litres de. Bière. Vin. Peu importe. Je flotte et je dois avoir les paupières lourdes, au moins aussi lourdes que celle d'Anna Karina. Je dois pencher la tête, et sobre il trouverait ça lamentable, mais là, tout de suite, il pourrait tomber amoureux de moi. J'invente car je ne m'en rappel pas. Je me rappel juste à quel point j'étais irrémédiablement attirée. Je me rappel juste à quel point je sentais que c'était mal. Je sentais que j'allais lui faire quelque chose de mal. Que je voulais encore être la fille maigre qui délire sur la table. Sauf que tout était inapproprié. J'ai mentis, je me suis mentis. J'ai encore fais celle qui. Mais tout ce que mon corps voulait c'était que les vieux trucs marchent, et qu'il soit à moi.
Je ne me rappel pas du goût des baisers. Mais moi je devais avoir un goût de clope. Il n'est vraiment pas fait pour moi. Et je suis certaine de n'être pas faite pour lui. Mais j'en avais tellement envie. Alors je l'ai pris. Je regretterais peut-être. Plus tard. Je crois quand même, si je me rappel du matin. Que c'était très doux. Ca le sera surement trop pour moi. Mais c'était doux. Délicat. Plein à la fois. Et je me lèche les lèvres. Comme on se lècherait les babines. Et j'affute mes canines. Et je serais peut-être celle qui y perdra. Certainement même. De découvrir de nouveau que c'était vain. Et abusif. Et qu'il sera peut-être finalement celui qui abusera de moi. Pas l'inverse. Mais les lèvres des autres c'est toujours. Une chose que j'ai horreur de me refuser. Et c'est peut-être juste le manque. C'est peut-être juste hormonal. Chimique. Certainement. Comme manger. J'en ai besoin.
Ha je te sens, tu es là. C'est toi la séductrice. C'est toi qui voulait me jeter du quatrième étage.
C'est moi qui t'empêche de te jeter du quatrième étage. Je te fais poser les mains sur le rebord de la fenêtre mais je suis aussi celle qui te laisse jouir seule, au fond de tes draps. Je suis celle qui choisi pour toi de trop boire, celle qui choisi pour toi de te lancer. Je suis ton égoïsme. Je suis toutes tes forces. Alors tu ne sautes pas.
Plus fort. Parles moi plus fort. J'ai besoin de toi pour.
Ils me sautent à la gorge. Comme autant de morsure et de plaisir, comme autant de soupirs, ils sont. La jetée en béton, les rues vides. Les discours en porte close des anarchistes. Les armes qui rutilent au soleil, le café qui tue, l'absence de larmes qui condamne, les germes du mois de Mai, les. LA CHALEUR. J'ai peur au milieu de tout ce plaisir. Reste assise. reste là. Nous n'en avons pas fini avec toi. Laisse nous monter. Ne nous cache pas. Ne nous enferme pas. C'est nous les desseins sur les murs, les devoirs excellents de la dernière minute, les fulgurants. Tes éclats de. Tes pensées acerbes et précises. Tes phrases gravées. C'est nous les malades qui adulons les maladies. Rappel toi. C'est nous la brûlure. Rappel toi de cette attention au détail. Ouvre la mémoire. Accouche encore une fois. Ne nous blâme pas. La fourchette plantée dans la main. T'es-tu entendu sifflé la comptine ces derniers mois ? Mercure dévore son fils.
Et n'oublie pas. Elle peut te serrer dans ses bras mais elle te jetait contre le mur.
Je crois qu'elle en a mouillé sa culotte.
Et elle rit. Et elle rit en silence à l'abris de l'orage, la pluie qui nourrie tout. La terre si sèche depuis des heures, des jours, l'orage claquant, clinquant, qui déverse sa petit colère d'adolescent meurtri. Contenu par le soleil. Si peu. Les pierres en fument. La robe est trempée. Une robe blanche. Elle danse sous la pluie. Tout est si facile, si lourd et clair, lavé, les blés resplendissants.
J'ai envie de vomir.
Pertinence. Ca me sert le coeur et puis ça me rassure, c'est comme le bruit du ressac, ça ne peut pas disparaître ; c'est ce qui fait qu'on ouvre la bouche pour reprendre un peu d'air, ce petit soubresaut quand les organes sont en apesanteur, une demi seconde, entre deux bosses sur la route.
Je rentre dans la salle, je me fond dans la foule et un garçon me tape sur l'épaule. C'est mon cousin, et derrière, toujours aussi petite je ne l'avais pas vu, ma cousine. Je m'enthousiasme avec courtoisie mais je m'aperçois que je n'ai rien à leur dire, ça ne me rend pas triste, ça ne me met pas en colère. Je découvre que je ne lui pardonnerais jamais et je regarde les filles. Je regarde les filles.

A chaque fois ils me frappent au fond de la rétine. Ils ont cette petite chose. Ils ont cette gentillesse, cette douceur, qui n'est pas toujours évidente. Ils ont ce charme indescriptible dans leur manière de parler, de pencher la tête, d'observer. Ils ont ces maladresses pleines d'assurances, ou peut-être est-ce l'inverse, ces petites choses dérangeantes mais que je sais serrer mes entrailles avec les prémices de la chimie qui peut se transformer en désir incandescent et parfois même, un jour, nourri par d'autre flammes, en amour qui calcine.

Ils ont tous cette petite brûlure que me faisaient la cigarette au matin, quand j'avais trop fumé pendant des jours. Cette douleur qui intime au réflexe de jeter la cigarette, mais le plaisir est si fort, si bon, et la douleur si vive et courte.

Je fais semblant. Je me la joue. Celle qui s'en fout. Celle qui séduit. Celle qui décide. Je fais la belle. 
Et chaque fois je recule, je recule, et puis je m'y jette. Ou j'y trempe le bout des lèvres, mais c'est trop tard, de toute façon. Depuis le premier regard, le premier mouvement, je cherche les sables mouvants, exprès, pour m'y débattre, pour leur montrer qu'ils peuvent me noyer de sable, j'irais jusqu'au bout. Je sais qu'il suffit de n'y plus bouger.
Elle revient toujours me ronger cette petite pute avec son grand J. Pour qui elle se prend cette maligne.

Cours. Cours me dit mon cerveau. Cours, je le sens dans les muscles tendus, bandés, prêts à sprinter. C'est dans cet état que j'aime qu'ils me tiennent. C'est comme ça que je les reconnais. 
Qu'on aille pas croire, je ne me la joue pas victime. Je suis si bien, juste là. Juste là où ils peuvent m'atteindre, où je n'y crois plus mais si, ça ne s'en va pas, ça ne partira pas. Beat me up and go on. 

Allez viens, amusons nous. Rien ne me plaît plus que le jeu de la sincérité. Jouons.