Ils ont le visage de gens que je connais. De cette fille croisée en soirée, de celle sur les photos de ce garçon. Ils ont le visage des anciennes figures de proue. Ils ont le visage des damnés. Ils ont le visage de leur siècle, de leur génération, ils sont ces icônes flambées qu'on admirait adolescents. Ils sont les parents de. Des pages sur les réseaux sociaux où ils agissent comme leur mômes déjà vieux, eux-même.  Toujours jouant les enfants. Un peu pathétiques un peu triste, de par leur virtualité. Leurs visages.
Ils ont des faux noms qui s'assemblent, et ils font des enfants ensembles.
En peau de nénuphar je m'imagine encore virtuose, parfois, de quelque chose. Je m'imagine encore sage déesse des caresses, pas terrorisée pour un sous, en extase la plus totale, béatitude et jaw dropping. Et toutes ces idées d'encres. Elle en dit des conneries la Marguerite, mais je lui pardonne, je lui laisse le bénéfice du doute, je me donne l'arrogance de mon temps et de sa connaissance, de ses moeurs qui évoluent tant bien que mal. Est Amélie putain. Me tend ses mains sale le long du canal, pour me sortir de ce trou plein de boue, elle passe par tous les âges, se cachent derrières les aplats, sous les sexes rouges, les androgynies, déjà. Je laisse le piano revenir, je laisse Chopin sur de faux paquebots faire pleurer les très jeunes filles, pour mieux redécouvrir tout ce que tu lui volais. Pour me rappeler que mes doigts s'égaraient toujours, que je n'avais pas la rigueur, pas le talent, et que tout m'emplissant de haine, ces notes forcément justes, cet instrument facile qu'on faisait toutes sonner encore et encore dans la maison au bord de la rivière. De la justesse. De la justice. Je veux que tout soit vrai, pour de vrai. Je veux que tout soit là, sur cette corde parfaite qui n'a pas besoin qu'on l'accorde. Et tout est là, sur les choses dont on est éprises, et que l'on laisse partir. Quand elles reviennent à bon port, chargées du temps, de nos propres rides juvéniles, elles ont cette fraicheur éternelle, elles n'ont pas besoin du goût lourd des madeleines ou de la faneur du thé. Tout se consume pour toujours de nos hérésies

Chloé, je ne sais plus ce mot, il est quelque part, cherchons le. J'aurais pu le laisser partout. N'importe où dans un coin de bar. N'importe sur un bout de trottoir. Quelque part dans un champ de tournesols. Héloïse viens nous aider, j'ai perdu. J'ai perdu l'idée. On a pu la laisser sur la route de la maison des parents de Nico, ou est-ce que c'était dans la rue Lepic ? Peut-être que c'est juste parce que Soshana a tout repeint en bleu et bizarrement je ne reconnais plus rien, encore une fois. Il fait complètement noir, pas gris comme dans la peau, pas rouge. Complètement noir. J'ai le nez qui coule et pas de mouchoir, parce qu'on a finalement du laver nos fringues de babosse au dernier lavoir, elles en sont toutes décolorées. On a plus qu'à tout teindre en noir. Regardez les filles, je les vois qui courent là-bas, elles l'ont peut-être encore sous la langue, dépêchez vous, on les rattrapera peut-être ! Pardon de loin j'ai mal jugé, je me suis trompée pour changer, je me suis gourée de Clara. On est pas tombées sur la bonne, elle est avec Lucie, venez, même dans mes rêves elles ne m'adressent plus la parole.

C'est quand même marrant que vous non plus vous ne vous en souveniez pas !

Ne pleure pas Chloé. Quand tu pleures tu deviens cassante. Et ça fait fumer Héloïse qui fume déjà sans arrêt. Le soleil tape et si j'ouvrais les stores, il réchaufferait probablement ma chambre glacée, mais sans ombre comment pourrais-je vous dessiner, vous voir, vous toucher ?

Je crois que j'ai trouvé, patience. Si je vous disais tout tout de suite, vous ne reviendriez pas.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire