Parfois la nuit. Parfois le jour. Et pour de vrai on voit à peine le soleil ici. Tout le temps la violence. T'as pas idée. Ou peut-être. Les gars ici. Mais aussi les femmes. Y'a pas de soleil. Et on boit tellement. Pas autant qu'avant parce qu'il faut bien lever des poids à la salle. Et il faut bien courir plus vite. Et il faut bien frapper le palet plus fort. Et jeter les balles plus vites. Mais vraiment au fond. On boit et on fume tout ce qu'on peut. Parce que. Rien n'a de sens pas plus qu'avant. Un peu plus qu'avant. Un autre milieu. Une autre ère. Une autre manière de trouver les mots. Les mots qui les font se lever des bancs et marquer des points. Les mots qui les font prendre la douleur et les coups. Accepter la peine physique pour leur passion, ou pour leur travail. Ou pour la passion qu'ils espèrent être un jour leur futur. Avant on peignait les murs. Maintenant on tente de peindre les âmes. Leur donner du courage et du coeur.
Tu sais le son que ça fait un palet contre la crosse ? A quel point ça libère ? Quand il résonne dans le hall vide. La force que tu vas y mettre avec tout ton corps, tes hanches, tes bras, la rotation. Le son du palet contre la crosse, et le son du palet quand il frappe un poteau, ou le filet, ou les planches de la patinoire. Quand il n'y a personne.
Quand toute leur vie c'est ça. Il n'y a rien d'autre dans leurs corps et leurs têtes. Que le son de la glace. Que le son de l'acier qui s'ancre. De la vitesse et soudainement. De la peur d'être frappé. De la sensation quand c'est toi qui frappe quelqu'un au sol. La glace. Son absence quand tu ne fais que y glisser. Son humiliation quand elle te mord. Quand il ne savent pas qui ils sont sans elle. Quand ils ont grandit dessus et n'ont rien connu d'autre. Ils y crache, ils y meurt, ils pleurent de joie, ils s'en fiche ils s'y font mal, ils y vivent. Ils jouent comme des enfants, ils oublient, ils y pensent. Sans arrêt, tout le temps. Ils crient sur d'autres. Ils enlèvent l'équipement lourd et se contentent de leur crosse et leurs patins. Ils apprennent à d'autres. Aux enfants. Ils leur apprennent mal. Pas le sport, pas la technique. Ca ils connaissent, comme leur poche, ils font du bon boulot. Mais la vie, les souffrance. Cruel mistress. Comme cette glace va les laisser sans rien. Comme il y a tellement d'autres choses à grandir et retenir du sport, des équipes, de la souffrance, du temps. Tout ça, ils n'ont pas pris le temps d'apprendre eux mêmes. Et ils gâchent. Ils savent, un peu, ils écoutent. Mais c'est tellement. Trop dur. Tout ce qu'ils veulent retenir c'est qu'eux, quand ils étaient jeunes il s'entraînait jusqu'à en vomir et ils devenaient champions de Finlande. Et quand tu leur demande. Qui sont t-ils sans la glace, sans le hockey. Ils paniquent ils ont peur. Peur de n'être personne. Ils sont tellement. Tellement d'autre choses, tellement de sensations et sentiments et d'idées, qu'ils ont appris sur et hors de la glace. Mais personne ne leur a dit. Personne ne leur a appris. Tout le monde savait qu'ils ne pourrait pas tous être professionnels national ou international. Mais tout ces hommes ont vécu la même histoire de peur et de honte. De déception. La leur et celle de leur famille. Parce que tous leur coachs étaient aussi des joueurs. Une tradition du silence, du pincement de lèvres et de l'acceptance. Mais qui pour arrêter ces gamins de 17 ans de boire et boire jusqu'à ce que leur parents les jettent dehors, et leur petites amies les larguent, parce qu'ils n'ont pas eu ce contrat. Il fait froid dehors et ils sont tous là. Ils regardent le temps qu'ils ont passé et parfois perdu sur la glace et hors de leur patins. Ils regardent tout ce temps où ils n'ont rient appris d'autre. Ou personne ne leur a donné d'autres responsabilité. Ou ils n'ont pas pris le temps de connaitre les gens. De vivre. De passer du temps en famille. Ils regardent la neige et le froid. Le silence. Leur pays où on ne parle pas de sentiments. Et ils pincent leurs lèvres. Ils finissent leur verre. Leur dernière cigarette. Ils ont 16 ans à peine et leur vie toute tracée n'a pas de sens et s'effondre. ll n'y a rien n'y personne derrière, que des bars miteux dans le noir, au milieu de la neige.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire