L'odeur du sang, partout. C'est fou comme ce surnom me colle à la peau, il y sèche même, s'y incruste, y coule. Je ne comprend plus rien. Que mon coeur qui me fais un mal de chien sous l'effort, sans l'effort, comme mon sexe appelle et appelle en silence. Comme tout me donne des sueurs froides et m'échauffe, comme je veux juste casser la gueule à cette folle qui harcèle verbalement tout le monde sur son passage, comme je reste prostrée, compatissante, désespérée par ce putain de jour gris, la pluie, le tram, l'hôpital, le connard qui m'annonce que je suis venue à jeun, pour rien. Je m'enfile des kilos de gâteau, je grossis de nouveau. Comme j'ai mal. Comme j'ai putain de mal. Je ne comprend plus rien. Je ne comprend plus ce qui m'attire, ou ce qui me dégoute, si je devrais même définir ça, si je suis sensée comprendre ce que je ressens, si je suis sensée chercher, attendre, hurler, partir. J'ai mal au ventre, au dos et je suis putain de serrée dans ce jean. Je voudrais tout effacer, tout ce que je dis, je voudrais être muette, je voudrais tout oublier. Au lieu de ces images en boucle. Quand on se lève tôt le matin il fait beau, aussi maintenant, à 20h31, j'aperçois un soleil bas qui tape contre les immeubles d'en face sous leur chape de ciel noir.
Le parc pour enfant dégueulasse ruisselle, j'ai pleuré en venant, j'espère encore, j'espère encore, qu'il va les ravaler ces mots, qu'il va me dire bien sûr que non, bien sûr que non, je peux encore, je peux le faire, tu peux le faire Margot, tu vas te relever, tu vas t'excuser, tu vas arrêter tes conneries, et on va vivre toute notre vie ensembles, viens, on s'en va, on va quitter cette ville qui meurt, cette ville d'alcooliques, viens. Il va me dire qu'il me reprend, qu'il me reprendra toutes les nuits, toute la vie, qu'il va m'aimer comme au premier jour, qu'on aura encore des nuits brûlantes, des nuits moites, qu'on passera notre vie au cinoche, qu'on va passer des heures à faire l'amour, et que je vais jouir, que je vais jouir pour de vrai, dans ses bras.
Mais tout ce que je revois c'est la haine de lui-même, son corps inanimé pendant que je le sers de toutes mes forces, c'est le dégout que je lui inspire, parce que c'était "moi", il le murmurait sans cesse, et que je n'étais plus rien, que je n'avais jamais rien été, juste trop de maquillage, juste monter sur le rebord des fenêtre au 4e étage, juste hurler à la mort. Parce qu'il m'avait cru invincible et que j'étais juste une gamine insupportable. Mais qu'est-ce que leur ont fait leurs mères pour qu'ils me croient tous aussi admirable au premier regard ?! Tout ce qu'il y a quand je ferme les yeux c'est quand il se retourne et lance, entre ses dents, les larmes sur ses joues "mais putain Margot qu'est-ce que tu crois ?! J'ai 30 ans je connais que toi ! Je connais que toi dans cette putain de ville ! Je suis seul ! Alors vas maintenant, barres toi ! Vas vivre ta vie, reste pas plantée là !"
Je peux me rappeler exactement, la douleur, le vide, la mort, quand je me suis réveillée pour la dernière fois dans leur appartement, les yeux collants, il prenait sa douche. Ce moment où j'avais réalisé que j'avais passé la frontière, que je ne pourrais pas me faire plus mal. Que j'avais gagné. La victoire n'avait pas de goût, pas de gloire. Un vide immense, d'avoir été la plus folle, la plus dégueulasse, de n'avoir pas eu de limite, et j'aurais pu aller tellement plus loin.
Le bruit mouillé de leurs baisers d'enfants juste à côté de moi, je sers les dents, je sers tellement les dents qu'elles doivent grincer, mes yeux sont grands ouverts, je me déteste si fort, si profondément, dans les entrailles, dans mes intestins de petite fille, dans mon utérus de gamine, je sens la mort, je la sens cette putain de salope, cette enculée.
J'ai déréglé la montre, je l'ai faite tombée une semaine avant qu'il arrive, un matin en partant de chez Clothilde vers 6 heures, il pleuvait dehors. Je l'ai sentie m'échapper des mains et j'ai su. Je sais que c'est stupide mais j'ai su, comme le jour où mon bracelet en fils à la con s'était cassé ou défait je sais plus et qu'il était resté dans la manche de mon manteau, et j'avais su, tout de suite, qu'il été arrivé quelque chose à Hélo.
Je voudrais m'excuser platement, auprès d'eux tous, de pas avoir su ouvrir ma gueule. De pas avoir dit, regardes, regardes moi, je suis un petit garçon manqué mais je t'aime, je veux découvrir la vie avec toi, un peu, je suis pas blonde et j'ai pas de nichons mais sans mes vêtements je suis une fille, et puis je regarde des tas de films cool et je me pose plein de questions et puis t'es beau pour un petit mec. J'aurais du me dire, pauvre conne, c'est l'homme de ta vie là, à tes côtés, bouges ton couple, bouges toi, sors de ta torpeur, personne ne t'aimera plus comme ça, bouges toi, ne vas pas voir ailleurs, bois moins, t'as besoin de plaire à personne d'autres, c'est à lui qu'il faut tailler des pipes.
Je voudrais dire, bye bye, laisse tomber mec, c'était sympa mais je te vois venir avec tes mots doux, c'est pas parce que tu parles la langue de Shakespeare que tu vas m'avoir, t'es encore plus paumé que moi, tu vas jamais prendre cet avion, et tu continuera à m'envoyer des sms à 30$ des mois plus tard.
Restons en là, Paris c'est joli pour se dire au revoir en souriant de nos vingt ans.
Je voudrais avoir la conscience de me dire meuf, les jolies filles c'est pas pour toi, t'es rien qu'une merde, règles tes putain de problèmes avant de vouloir tenter quoi que ce soit, regardes toi, y'a même plus rien à ramasser à la petite cuiller sur ce bord de trottoir.
Cette conne me dit " et vous, vous savez ce que ça fait d'être toute seule. Hein margot ?"
De plus en plus, oui, pour toujours.
Une si jolie fille, on comprend pas vraiment, quel gâchis.
Ben oui vous avez raison, si j'avais été moche, c'eut été moins grave.
Je voudrais juste, fermer ma gueule, arrêter de foutre mes pieds dans le plat, de dire toujours la mauvaise vérité, celle que les gens peuvent pas entendre, arrêter de toujours voir ce qui va pas, je voudrais juste, savoir me contenter de ce que j'ai, je voudrais juste, me sortir de ma propre merde, de la merde facile que tout le monde sait torcher, mais pas moi, faut croire que j'aime ça quelque part.
Penser à appeler les potes, à leur écrire, avant que ce soit trop tard.
Le compte des amis sur les doigts d'une main est redescendu à zéro, mais je vous comprend vous savez. Je pourrais pas être amie avec moi, une tâche pareil.
Et j'arrive juste à être en colère, contre moi même putain, et puis contre les cons aussi, qui pense que parce que je suis une femme je devrais forcément avoir une contraception, et contre les cons qui veulent que les femmes restent à leur place, vous savez, ces cons que je prenais pour mes potes mais qui n'étaient pas foutu d'avoir juste un plan cul comme ça, non, qu'une fille puisse faire du sexe comme ça, aussi légèrement et vouloir reprendre le cours du buvage de bières entre potes ensuite, non c'est sûr. Connard. Putain de connard. Contre tous les gens qui s'énervent pour rien et détestent tout le monde, pour les mauvaises raisons. Putain, putain de bordel de merde, j'en ai la nausée.
Je lui ai mis un coup de tête, j'ai raté, heureusement et elle est juste tombée. Elle s'est relevée et m'a collé un mauvais pain, j'ai titubé et je lui ai mis une vraie droite, une jolie, pas très forte, juste propre, avec le poing vissé comme il fallait. Et j'ai tout senti partir, pendant cette seconde là, tout est sorti, trop vite, très vite.
Elle saignée du nez et j'ai regretté, amèrement, faut être con pour se bourrer la gueule et taper sur des gens.
Ce que je suis conne bon dieu.
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