La première fois que j'ai vu Loup, je ne m'en souviens plus vraiment. C'était dans le jardin des Steyer, dans la forme qu'il avait encore à cette époque. Lumière dorée en cascade entre les branches du pommier, la balançoire près de la cabane en bas. Nous étions tous en cercle, et j'avais certainement repéré la peau si blanche, les tâches délicates sur ses trains fins de petit garçon de onze ans.

La première fois que j'ai rencontré Brendan j'avais quatorze ans, mais je ne m'en souviens pas bien non plus, c'était en coup de vent, il sortait avec Claire, c'était dans le minuscule parc de jeux d'enfant d'Athéna, il avait l'air si triste, sans doute il était beau.

Simon ne disait rien sur les bancs de la fac, j'avais juste vu la mauvaise peau blanche, toujours les peaux trop claires, les cheveux sans teint, le casque, les cigarettes, le vide dans les pupilles. Je n'ai plus de premier souvenir, mais souvent la hantise, l'image qui me harcèle encore de temps à autres, quand je levais les yeux sur lui à la BU, son regard ravagé vert, noir, bleu et or, perdu au loin dans le fond des piscines.

Un soir j'ai insisté, j'ai rencontré Topok, il était vieux, ridé, chauve et maigre. Il articulait mal à cause du vin rouge. Désagréable et dur, des questions déplacées et ses mains répugnantes. Sa peau flétrie par les gants de boxe moites. Mon amour. Le plus beau entre tous, les yeux les plus doux.

J'ai rencontré Martin par hasard au Galion, il jouait dans un mauvais groupe et j'étais fatiguée. Il était si maigre, si pale, encore. Un fantôme, un énième. Si joli, le russe. Les longs doigts et les yeux d'animal.

Je regarde les filles, leurs bouches pleines, leurs mains délicates, leurs sourcils et leurs jambes. Je veux des lèvres aux lèvres en chaleurs féminines. Des poignets cassants et des poitrines fermes. Mais derrière mes paupières dansent encore les garçons, et mes petits enfants, le sel entre leur doigts.

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