L'autre jour je découpais grossièrement un tas de feuille de papier quand j'ai sentis les ciseaux de cuisine se refermer sur la chaire. Une toute petite entaille en v retourné qui saignait abondamment pour sa taille, en bas de l'indexe gauche. Je suis tombée lamentablement sur la piste et ai laissé trainé mes mains, je ne me rappel plus si c'était la chute d'une autre ou des roues qui passaient sur mes doigts, mais j'ai sentis la douleur vive qui croche les nerfs jusqu'au pincement au coeur, plier, déplier les phalanges.
Les mêmes doigts que je déroulais obstinément sur les touches noires et blanches, comme une araignée paniquée.
Et je n'y peux rien, elle est là, même si je manque à tous mes devoirs, la bosse à l'auriculaire, là où le crayon vient parfois se poser.
Nous sommes toujours là.
A traîner les tristesses de ces filles qui ont le temps, et les professeurs qui se moquent de la Bovary ont toujours raison. C'est accepter de cesser de crier, mais ne pas éteindre la flamme. Car sans elle nous mourrons. Au creux de la chambre de Julie et Clara, on se disait les premiers émois, on aurait pu se haïr aisément mais. Sur le poignet l'écriture fine, sans les trauma de l'adolescence, sans l'incandescence, l'amour des frères. Au bout du monde, au travers de tous les silences, si tu te noie. Je briserais tous les miroirs, j'irais boire le mercure pour faire mentir les mauvais écrivains et je n'en mourrais pas.
Sans souche salée ancrée dans la vase et sans chaleur des tournesols et des pierres blanches, nous continuons de nous tromper, et d'être ces. Divisions de la joie.
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