La journée dans le lit, face à l'écran défraîchit je fatigue mes yeux pendant de longues minutes, naviguant sur l'incertitude, encore une heure, et je me lève, encore un peu, je vais aller me laver, mettre le nez dans le gris, pédaler jusqu'à la banque, jusqu'au magasin, jusqu'à la mission locale.
L'appartement sent la pourriture, et je sais parfaitement que la moisissure dans les casseroles n'aura pas disparue d'ici demain. Je retrouve ces petites habitudes délicieuses et perverses de 2009. Rentrée d'un bar pour immédiatement en rejoindre un autre, croiser le regard d'un garçon, et sans être sûre de rien, savoir par avance, et finir les cuisses autour de lui. Fumer entre les verres. Tout est moins palpitant pourtant mais je ressens encore la fièvre, la fièvre de la fuite. Ne pas avoir une minute à moins par ce sale temps. le sommeil lourd et les rêves au béton ardent.
La vodka entre les dents, j'oubliais ces caprices, les titres de nos futures chansons, les terrasse des cafés où je parle trop fort citant les noms de tous.
On va tout de même boire un verre, on s'assoit à la même table qu'avant, la table où l'on se désirait. Je me sais sublime et fascinante aux yeux des gens, à côté de sa médiocre apparence. Mais si l'on penche l'oreille à nos messes basses, il est le passionnant et moi l'éternelle enfant fatigante. Je suis celle qui se cache la brûlure de l'envie de ses bras. Lui qui se sent dégoûté et éloigné de moi. Je cherche des yeux les garçons, je ne regarde plus les mêmes. Je n'en veux que des plus âgés, vraiment plus âgés. Ces fins d'adolescents me ressemblent trop, plein de projet qui n'aboutiront pas. Je gémis dans le noir mais en réalité je suis beaucoup trop saoule pour avoir encore la moindre sensation vaginale plaisante. Je ne veux que mon. Je n'y pense jamais. Trop occupée entre le bruit des roulements et l'ordinateur qui plante. Le soucis du sida. Les heures à ne rien faire.
"T'es clean ?"
Je suis amer. J'ai peur de la femme qu'il rencontrera, beaucoup moins belle que moi, beaucoup plus douce peut-être, tellement plus mature. Des enfants qu'il lui fera.
Je me vois devenir si forte, si seule, je me vois tout réussir à nouveau, l'ambition est revenue quand les frontières sont tombées. Quand il a brisé mes chaînes et m'a libérée de la ville. J'aimerais pouvoir faire des enfants toute seule. Je ne veux avoir confiance en personne d'autre pour remplir mon utérus.
1000 Hurts. Je tourne dans tous les sens malgré le manque d'argent, j'ai ce besoin viscéral à nouveau, de l'encre dans la peau. Des coupes de cheveux. Des kilos qui doivent tomber.
Les amies me manque. Je dessine la nuit les traits de S. que je n'ai jamais vu. J'ai oublié ceux de C. qui nous envoit mourir. La voix rauque d'H. dans le combiné du téléphone ne me semble plus si loin. Eolhc dort sous les ongles que je m'empresserais de soulever vendredi prochain.
La musique encore et toujours. Je monte le son, je me laisse aller encore un peu, pour mieux retrouver Sage Francis au matin.
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