C'est le silence. Je n'entend plus le bruit des touches, le bruit du sang. Je n'entend plus les cris. Mes murs sont si fins, je dois me cacher pour me contenter en soupirs. Ces cris là ce sont tus.
Je ferme les yeux, j'écoute les remous de l'eau. Il monte inlassablement sur la cuvette des toilettes, escalade la fenêtre. Je sens le bruit du soleil, la chaleur dans mon dos. Je veux ouvrir la porte. Je sens les étoiles filantes dans l'eau chloré. Le bruit de la fête, en silence, derrière la porte. Le froid du matin, sur ses joues. Je l'imagine bleu. Noir le sang. Tout ce que je peux voir ce sont ses pieds qui écrasent les piques pour empêcher les pigeons de se poser. Ses jambes qui se plient. Ses bras en croix. Et il vole. Tout ce que je vois c'est la peau blanche qui m'étreind au loin, qui m'étreind sans être là. Qui murmure familièrement pour elle même, la voix, dans Paris. Dans les draps. Tout ce que je respire c'est la sueur qui n'est plus cachée par la cigarette. Tout ce que je respire c'est la chaleur. De l'alcool entre mes lèvres, et moi je rebois ce qui reste. Tout ce que je respire c'est sans arrêt, il dit mesmerazing. C'est sans arrêt les coups, les coups que je ne leur porte pas. Tout ce dont je peux me souvenir. Tout ce que je peux sentir c'est ce qu'il ne dit pas. Ce sont les combats de boxe sur youtube, l'adversaire invaincu, ce qu'il ne murmure plus, avant de se coucher. Je monte le sang à m'en rendre sourde, mais je n'entend plus rien. ALLEZ DANSE DEBBIE N'EST PAS PEUR DE MOURIR. Tout ce que je peux faire, c'est retirer mon t-shirt, me laisser porter par les mains ennemies, par les mains des amies, tout ce que je peux faire c'est toucher les petits seins percés. Tout ce que j'entend c'est la neige sous mes pas. Ses regards en coin. Tout ce que je peux me souvenir, ce sont les promesses de l'envie, les désespoirs des mots, trop parler, trop en dire, passer à côté de. Ce qui fait que les gens plient les jambes ou se laissent tomber. Les bras en croix. Tout ce que je fais c'est rêver de vodka, encore un peu mon corps trop fatigué, des pompes à en pleurer, des tours en grimaçant. Des étreintes amicales, des corps qui s'entassent pour le plaisir le rire. Des actes manqués. Des actes manqués. Les regrets des gueules de bois, mes larmes, mes larmes d'idiote qui ne sait jamais se taire, jamais se taire. Danser sur les tables, me rappeler encore que je sais faire ça, je sais danser jusqu'au bout de la nuit, saisir la main. Rien n'a jamais été plutôt que ces lèvres là. Plus doux. Rien n'a été plus pur, plus vrai. Plus calme dans cette boite misérable, plus sensé. Je pose les doigts sur mes paupières, je souris, je souris en douleur, ça a toujours été, aimer me faire mal, et je me cognais contre les murs, et je courais, les disques dans les mains, mes trésors. Je pose les doits sur mes paupières. Que n'es-tu près de moi, souffrir avec toi, te regarder fumer, je ne voudrais plus, que de ton corps, nu peut-être, pour te regarder, juste te regarder, me rappeler encore, comme tout est beau et pur, comme je ne survis que là, dans ton corps trop maigre, tes yeux trop bleu, où es-tu mon petit. Où sont-ils mes enfants. J'en devenais folle, de goutte de pluie sur leurs cheveux bouclés, leur peau jeune et doré, la pluie, ses si beaux cheveux, mes lettres malsaines en folie, peut-être finalement, quelque chose de tellement. Son corps si fin qui s'effondrait entre mes bras. Tout ce que je peux encore supporter, ce sont. Les traits fins, les visages purs et marqués. Où sont leurs yeux, leurs yeux à tous, les yeux si bleus. Jules était là. Je me rappel. J'étouffe. Je ne veux que voir, comme elle est belle, comme elle belle. Vous oubliez, mes enflammés. Ses pupilles profondes, à s'y perdre. Mais c'est assez je me répète. Je revois le port d'Anglet. Il faisait froid, beaucoup de vent. Les rayons. La rivière. Le sel. Je veux sentir le sel. Je voudrais me coucher sous son arbre, c'est tout ce que je veux, me coucher sous l'arbre d'Anouk, fermer les yeux, même s'il pleut, je ne voudrais que dormir sous cet arbre. Au jardin des mémoires, peut-être les souvenirs s'effaceraient, et n'imprimerais-je sur ma rétine que l'image idyllique de la rivière entre les arbres, les bateaux amarrés dans le courant, la vase qui se laisse creuser, les couleurs des jours de peine, des jours de pluie. Je ne vois que les enterrements, je ne vois que les gens en terre, je ne vois que l'arbre qui pousse, la forme des feuilles de chêne. Je peux sentir les gravillons qui s'enfonçaient sous mes paumes. Je peux sentir le vent quand je me balançais sous le portique qui grinçait. Je sais que je l'ai enterré dans une boite de gâteau bonne maman en carton, mais je ne sais plus son nom, c'est maman qui l'avait tué. Je l'avais trouvé dans l'évier. Je peux sentir la poussière qu'on appelait poudre d'or, entre les pierres sous le préau, on s'en irritait les yeux. Je peux sentir le tilleul qui fait craqueler le béton, n'abattez pas mes tilleuls, n'abattez pas mes tilleuls bicentenaires. J'imagine les cris des gamins, quand celui a sauté du pont, encore à plonger, les parents qui disent toujours les même choses, ne sautez pas du pont, ne vous baignez pas si loin. Les gros poissons nous frôlent les pieds. Les garçons se baignent nus dans le port sale. Je n'y ai pas vu la baleine. Lui aussi ses yeux bleus. Je l'entend siffler dans les arbres, il prend ma main pour m'aider à grimper. Où sont-il tous mes enfants terribles, mes voleurs, les voleurs. L'odeur. L'odeur du bois. Mais tout ce que je revois finalement, c'est un grand garçon brun que je n'ai pas connu, il saute du haut du 6ème étage, et personne ne le sait. Tout ce que j'entend c'est une belle soeur à qui je ne sais pas quoi dire qui se noie en dedans d'elle même, qui se noie dans son placenta. Une nouvelle petite fille à chérir. Tout ce que je sens c'est le parfum de mes grand mères. Ou celui de l'essence. Tout ce que je sens c'est une peau imaginaire. 

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